LECTEUR PUBLIC


Le métier de lecteur public à la Belle Époque en France : une immersion historique
Le métier de lecteur public, bien que peu institutionnalisé, s’inscrit dans un contexte culturel en pleine effervescence à la Belle Époque (environ 1870–1914). Voici un aperçu de son évolution et de son rôle dans la société française :
Alphabétisation croissante : Grâce aux lois Ferry (1881–1882), l’instruction devient obligatoire et gratuite, ce qui augmente considérablement le nombre de lecteurs potentiels.
Explosion de la presse et de l’édition : Le tirage des journaux passe d’un million en 1870 à dix millions en 1900. Les romans populaires, les feuilletons et les manuels scolaires se diffusent massivement.
Culture de masse émergente :
La lecture devient un loisir partagé, notamment dans les cafés, les cercles ouvriers et les bibliothèques populaires.Le lecteur public : entre art et mission sociale
Lectures à voix haute : Héritées des traditions orales, les lectures publiques se pratiquent dans les bibliothèques populaires, les écoles, les salons littéraires et parfois dans les rues ou les cafés.
Animateur culturel : Le lecteur public joue un rôle d’intermédiaire entre les œuvres et un public parfois peu lettré, en expliquant les textes et en les rendant vivants.
Outil d’émancipation :
Dans les milieux ouvriers, les lectures publiques sont perçues comme un moyen d’éducation populaire et de diffusion des idées républicaines ou socialistes.
Bibliothèques populaires :
Créées dès le milieu du XIXe siècle, elles organisent des lectures collectives à voix haute, souvent animées par des bénévoles ou des instituteurs.
Évolution du terme “lecture publique” : À partir de 1908, Eugène Morel propose de distinguer les bibliothèques de conservation des “librairies publiques” destinées à faire lire le peuple.
Déclin progressif :
Avec l’essor de la lecture silencieuse individuelle et la démocratisation du livre, le métier de lecteur public perd en visibilité, bien qu’il survive dans certaines formes artistiques (théâtre, récitals, etc.).

Dans le tumulte du marché Saint-Martin, un certain Aristide, lecteur à voix d’or et look de professeur distrait, venait chaque jeudi lire les nouvelles aux marchandes de fruits, aux bouchers et même aux enfants curieux. Il avait un talent rare : savoir rendre palpitant l’annonce d’un remaniement ministériel ou faire vibrer l’assistance avec les résultats d’une course hippique.
Mais Aristide avait une petite faiblesse : le feuilleton du journal Le Petit Parisien. Chaque jour, il suivait avec ferveur les péripéties du comte de Valombre, un héros fictif tiraillé entre amour et vengeance. Il lisait avec un tel feu que les marchandes suspendaient la vente de leurs pommes pour écouter.
Un jour, alors qu’il s’apprêtait à lire le passage où le comte allait enfin embrasser la mystérieuse duchesse, une vieille dame l’interrompt brutalement :
« Le comte peut bien attendre, j’ai perdu ma poule ! »
S’ensuit un remue-ménage comique dans le marché à la recherche de la poule égarée, pendant que tout le quartier réclame la suite de l’histoire. Aristide finit par improviser la fin lui-même, dans un style flamboyant… tellement convaincant que le journal fut inondé de lettres demandant de publier sa version !
On dit même qu’un rédacteur, amusé, intégra certaines de ses phrases dans les chapitres suivants.