LAVEUSE



Le métier de laveuse à la Belle Époque en France : entre corvée et communauté
À la Belle Époque (fin XIXᵉ – début XX siècle), le métier de laveuse — aussi appelée lavandière, buandière ou blanchisseuse selon les régions et les tâches était un pilier de la vie quotidienne, surtout dans les milieux populaires et ruraux. Voici un aperçu de cette profession à la fois physique, sociale et profondément féminine.
Lavage manuel : Le linge était lavé à la main, souvent avec du savon de Marseille, des cendres de bois (riches en potasse) ou des plantes comme la saponaire.
Utilisation du cuvier : Le linge était trempé dans un grand cuvier, puis arrosé d’eau bouillante pour extraire les saletés.
Rinçage au lavoir : Après le coulage, les laveuses transportaient le linge au lavoir pour le battre, rincer et essorer.
Séchage : Le linge était étendu sur des haies, des prés ou des cordes, parfois arrosé pour le blanchir davantage.Le lavoir : lieu de travail et de vie
Lieu public : Les lavoirs étaient construits par les communes, souvent près d’une source ou d’un ruisseau.
Rôle social :
C’était un espace de rencontre, de commérages, d’entraide entre femmes. On y échangeait des nouvelles, des astuces de lavage, et parfois des confidences.
Rythme hebdomadaire : Les petites lessives se faisaient souvent le lundi, tandis que les grandes buées (lessives massives) avaient lieu deux fois par an.
Physiquement éprouvant : Les laveuses travaillaient accroupies, été comme hiver, les mains dans l’eau froide ou brûlante.
Peu valorisé : Métier modeste, souvent exercé par des femmes seules ou veuves, sans reconnaissance officielle.
Professionnalisation : Certaines laveuses étaient employées par des familles bourgeoises ou travaillaient à leur compte.
Évolution et disparition
Arrivée de la lessiveuse : Vers 1870, la lessiveuse à champignon a commencé à remplacer le cuvier traditionnel.
Machine à laver :
Après la Première Guerre mondiale, les machines à laver ont progressivement mis fin au métier de laveuse.
Mémoire collective : Le métier reste ancré dans l’imaginaire populaire, souvent représenté dans la peinture, la littérature ou les chansons.

Madeleine, blanchisseuse au lavoir d’Austerlitz, était connue pour sa voix tonitruante et ses réparties fusantes. Chaque matin, armée de son battoir et de son savon noir, elle lançait à la cantonade des commentaires sur les commères du quartier, les messieurs trop élégants, et les amoureux maladroits.
Un jour, alors qu’elle battait un drap un peu trop vigoureusement, elle éclabousse accidentellement un homme qui écrivait sur un carnet, assis non loin. L’homme, surpris, lève les yeux… c’est Guillaume Apollinaire, alors jeune poète en quête d’inspiration. Madeleine, pas du tout intimidée, lui balance :
« Si votre poème est aussi mouillé que votre veston, faudra l’essorer avant de l’imprimer ! »
Amusé, Apollinaire revient régulièrement, et commence à noter les expressions colorées des laveuses, disant qu'elles avaient "la verve des rues et le lyrisme des eaux savonneuses". On raconte qu’un vers perdu dans son recueil Alcools aurait été inspiré par Madeleine et ses lavages épiques.