HUISSIER


À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le métier d’huissier en France était à la croisée du droit, de l’administration et du théâtre social. Voici un aperçu de son évolution et de son rôle à cette époque :
Exécution des décisions de justice : L’huissier était chargé de faire appliquer les jugements civils, notamment les saisies et expulsions.
Signification des actes : Il remettait officiellement les convocations, assignations et autres documents judiciaires.
Constats : Il établissait des procès-verbaux pour attester de faits matériels (dégâts, nuisances, etc.).
Profession réglementée : Déjà encadrée par des textes législatifs, la profession d’huissier était considérée comme une charge, souvent transmise par héritage ou achetée.
Appartenance au monde judiciaire : L’huissier était un officier ministériel nommé par le garde des Sceaux, ce qui lui conférait une autorité officielle.
Image sociale : À la Belle Époque, l’huissier était parfois perçu comme un personnage austère, voire redouté, notamment dans les milieux populaires où son arrivée annonçait souvent des mauvaises nouvelles (saisies, expulsions).
Dans le contexte de la Belle Époque
Une société en mutation : L’industrialisation, l’urbanisation et l’essor de la bourgeoisie modifient les rapports sociaux. Les huissiers interviennent de plus en plus dans les litiges liés aux loyers, aux dettes commerciales et aux conflits de voisinage.
Présence dans la culture populaire : Le métier est souvent caricaturé dans les pièces de théâtre, les romans et les journaux satiriques comme celui du personnage rigide, porteur de mauvaises nouvelles, mais aussi garant de l’ordre.
Code de procédure civile : Déjà en vigueur, il encadrait les missions de l’huissier, mais des réformes étaient en cours pour moderniser la profession.
Accès à la profession : Il fallait suivre une formation juridique et effectuer un stage, mais l’accès restait élitiste et souvent réservé aux hommes.

La malle sanglante de Millery : un crime digne d’un roman noir
Voici une histoire aussi macabre que fascinante, directement liée à un huissier de justice de la Belle Époque : l’affaire Gouffé, surnommée la malle sanglante de Millery. Elle a défrayé la chronique en 1889 et reste l’un des premiers cas célèbres de police scientifique en France.
Victime : Toussaint-Augustin Gouffé, huissier parisien réputé, veuf, père de deux filles, connu pour ses nombreuses conquêtes féminines.
Date : Disparu le 26 juillet 1889, son corps est retrouvé deux semaines plus tard dans une malle abandonnée près de Lyon.
Lieu : Rue Montmartre à Paris (son étude), puis Millery, près de Lyon (lieu de découverte du corps).
Gouffé est attiré dans un appartement par Gabrielle Bompard, jeune femme séduisante, complice de Michel Eyraud, un escroc.
Lors d’un jeu sexuel, Eyraud surgit et étrangle Gouffé avec une corde passée dans une poulie au plafond.
Le corps est placé dans une malle, expédiée par train à Lyon, puis abandonnée sur une route à Millery à cause de l’odeur de décomposition.
L’enquête
Le corps est retrouvé dans un état avancé de décomposition.
Grâce à des techniques pionnières (analyse capillaire, identification d’une ancienne blessure), le médecin légiste Alexandre Lacassagne parvient à identifier la victime.
L’affaire devient un tournant dans l’histoire de la médecine légale.
Eyraud est arrêté à Cuba après une cavale internationale et guillotiné en 1891.
Bompard, qui prétend avoir été hypnotisée, est condamnée à 20 ans de travaux forcés.
L’affaire inspire des chansons, des pièces de théâtre, et des articles sensationnalistes.
Elle révèle les dangers du métier d’huissier à une époque où leur autorité était souvent contestée, parfois violemment