GRUTIER


Le métier de grutier à la Belle Époque en France était encore en pleine émergence, porté par les grandes transformations industrielles et urbaines du tournant du XXe siècle. Voici un aperçu de son évolution à cette époque fascinante :
Période de croissance économique, de modernisation urbaine et d’innovations techniques.
Paris et les grandes villes françaises voient se multiplier les chantiers de construction : gares, ponts, immeubles haussmanniens, expositions universelles.
L’essor du béton armé et de la structure métallique nécessite des engins de levage plus puissants et précis .
Le terme "grue" apparaît dès le XVe siècle, mais les premières grues modernes à moteur (vapeur, puis électrique) se développent à partir du XIXe siècle.
À la Belle Époque, les grues deviennent plus sophistiquées : certaines sont rotatives, pivotantes, ou montées sur rails.
Le grutier devient un opérateur spécialisé, chargé de manœuvrer ces machines pour soulever des charges lourdes sur les chantiers urbains.
Les premières grues modernes
Les grues à vapeur sont utilisées dès les années 1800, puis remplacées par des modèles hydrauliques et électriques vers 1880–1900.
Les chantiers emblématiques comme le Pont Royal (1687), la Tour Eiffel (1887), ou les expositions universelles de Paris ont nécessité des systèmes de levage avancés.
À cette époque, le métier est encore physiquement exigeant et parfois dangereux, avec peu de normes de sécurité.
Le grutier travaille en étroite collaboration avec les tailleurs de pierre, les charpentiers et les ingénieurs.
Il est souvent formé sur le tas, avec une connaissance empirique des machines et des charges.
Le métier commence à se structurer au début du XXe siècle, avec l’apparition de formations techniques et de règlementations.
Les premières cartographies du métier montrent une concentration dans les grandes villes industrielles.

Le grutier amoureux du ciel
A Lyon, sur le chantier de la gare des Brotteaux, un grutier nommé Émile "le Poète" était connu pour réciter des vers de Victor Hugo depuis sa cabine perchée à plus de 20 mètres de haut. Chaque matin, il saluait les ouvriers en alexandrins, et le midi, il improvisait des poèmes sur les passants qu’il voyait depuis les hauteurs.
Un jour, alors qu’un journaliste du Petit Journal visitait le chantier, Émile déclama un poème dédié à une couturière qui passait tous les jours sous sa grue. Touchée, elle lui envoya un mouchoir brodé avec son prénom. Émile, ému, fit descendre la grue avec une rose attachée au crochet. Leur romance devint célèbre dans le quartier, et on les surnomma "la grue et la dentelle".