GREFFIER


Le métier de greffier à la Belle Époque en France était à la croisée de l’administration judiciaire, de la mémoire écrite et du pouvoir local. Voici un aperçu de son évolution et de son rôle à cette période charnière entre tradition et modernité :
Contexte historique
La Belle Époque (1870–1914) est une période de stabilité relative en France, marquée par des progrès sociaux, techniques et juridiques.
Le système judiciaire français repose encore largement sur les structures héritées de l’Ancien Régime, bien que réformées par la Révolution et les lois napoléoniennes.
Le greffier est le scribe officiel du tribunal, chargé de consigner les actes, décisions et procès-verbaux.
Il assure la conservation des archives judiciaires, ce qui en fait un acteur clé de la mémoire judiciaire.
À cette époque, il est souvent un officier ministériel, titulaire d’une charge, parfois acquise par vénalité (achat de l’office), ce qui confère un statut social notable .
Statut et formation
Le greffier peut être fonctionnaire ou officier public, selon la juridiction (par exemple, greffier des tribunaux de commerce).
Il n’existe pas encore de formation centralisée : la profession repose sur l’apprentissage sur le tas, parfois dans des familles de greffiers où le métier se transmet.
Ce n’est qu’en 1965 qu’une réforme majeure fonctionnarise les greffes judiciaires, mettant fin à la vénalité des charges .
Les greffiers sont considérés comme les “plumes et mémoires” des tribunaux : leur rigueur détermine la qualité des archives judiciaires conservées.
Dans les juridictions seigneuriales encore actives au XVIIIe siècle, leur rôle était déjà crucial pour la constitution des fonds d’archives.
Le mot “greffier” vient du latin graphium (stylet pour écrire dans la cire), soulignant l’ancienneté du lien entre écriture et justice.
À la Belle Époque, certains greffiers jouissent d’un prestige local, notamment dans les petites villes où ils sont parfois les seuls lettrés du tribunal.

Le greffier, le billet doux et le juge volage
À Paris en 1898, un greffier du tribunal civil appelons-le Monsieur Clément était réputé pour son écriture irréprochable, sa ponctualité rigoureuse… et son œil discret mais acéré pour les affaires juteuses. Un jour, alors qu’il rangeait les pièces d’un procès de divorce, il tomba sur un billet doux glissé entre deux attestations un petit mot écrit sur un papier parfumé, signé "C.”, clairement destiné au juge en charge du dossier… et absolument pas à son épouse légitime.Ébranlé mais malin, Clément décida de ne rien dire. Toutefois, quelques jours plus tard, le juge se vit contraint de se récuser mystérieusement de plusieurs affaires familiales. Le bruit courut dans les couloirs que Madame avait mis la main sur le fameux billet et que le greffier, avec un petit clin d’œil, lui aurait transmis les papiers en “oubliant de les relier”.