GRAINETIER




Le métier de grainetier à la Belle Époque en France était bien plus qu’une simple activité commerciale : c’était un pilier de la culture horticole et agricole, profondément enraciné dans les traditions locales et l’innovation botanique.
Le métier de grainetier remonte au XVIIᵉ siècle, avec les premières maisons comme Rivoire à Lyon (1650) et Le Potager Provençal (1680), qui deviendra SPG en 1949.
À la Belle Époque (fin XIX – début XXᵉ siècle), le métier connaît un essor remarquable grâce à l’essor du jardinage amateur et à la diffusion des catalogues illustrés de graines.
Les grainetiers vendaient des semences potagères, florales, condimentaires et médicinales, souvent accompagnées de conseils de culture et de recettes.
Vilmorin-Andrieux, fondée au XVIII siècle, devient une référence mondiale à la Belle Époque, exportant ses semences jusqu’en Amérique du Sud et en Asie.
D’autres maisons comme Truffaut (1824), Clause (1892) ou Girard (1897) se spécialisent dans les variétés régionales et nationales, répondant aux besoins des jardiniers amateurs et des maraîchers professionnels.Innovation et sélection
Les grainetiers de cette époque ne se contentaient pas de vendre : ils expérimentaient, sélectionnaient et multipliaient les semences pour garantir qualité et adaptation aux terroirs.
L’apparition des courtiers en graines et des multiplicateurs de semences marque une professionnalisation du secteur.
Le grainetier était un acteur clé de la biodiversité cultivée, contribuant à la préservation et à la diffusion de variétés locales comme le haricot de Soissons ou la carotte nantaise.
Le meuble grainetier, avec ses tiroirs caractéristiques, devient un symbole domestique de cette époque, encore prisé aujourd’hui pour son charme vintage.

Dans les années 1900, à Paris, un grainetier réputé du quartier des Batignolles, nommé Monsieur Lemoine, s’était fait une clientèle fidèle grâce à ses semences “miraculeuses” censées produire des légumes géants et des fleurs aux couleurs inédites. Il affirmait avoir développé une technique secrète de sélection génétique, bien avant que Mendel ne soit vraiment connu du grand public.
Le pot-aux-roses Un journaliste du Petit Journal, intrigué par les résultats trop spectaculaires de certains clients, découvrit que Lemoine mélangeait ses graines avec des variétés importées illégalement d’Angleterre et d’Inde, parfois même teintées artificiellement pour tromper les acheteurs. Le scandale éclata en 1907, et le “sorcier des semences” fut surnommé le charlatan chlorophyllé dans les journaux satiriques.
Ce scandale fit grand bruit dans les cercles agricoles et donna lieu à une pièce de théâtre comique intitulée Le Grainetier du diable, jouée au Théâtre des Variétés. L’affaire contribua à renforcer les contrôles sur la provenance des semences et à professionnaliser davantage le métier de grainetier, qui jusque-là reposait souvent sur la réputation orale et les promesses fleuries.