GEOMETRE



Le métier de géomètre à la Belle Époque en France (fin XIXᵉ – début XXᵉ siècle) était en pleine mutation, entre tradition rurale et modernisation urbaine. Voici un aperçu captivant de son évolution :
Le terme géomètre vient du grec gê (terre) et metron (mesure).
Sous l’Ancien Régime, on parlait surtout d’arpenteurs jurés, chargés de mesurer les terres pour les impôts ou les litiges fonciers.
Le cadastre napoléonien (créé en 1807) a structuré la profession, en liant géométrie et propriété foncière.
Le géomètre était encore très lié au monde rural, mais la croissance des villes et des infrastructures a élargi ses missions.
Il intervenait dans :
Le lotissement urbain
La construction de voies ferrées et routes
Les plans d’aménagement pour les villes en expansion
Structuration de la profession
En 1878, création à Paris de la Fédération Internationale des Géomètres, signe d’une reconnaissance internationale.
L’École spéciale des travaux publics (ESTP), fondée en 1891, a commencé à former des ingénieurs géomètres dès les années 1900.
Le métier s’est professionnalisé avec des syndicats, des revues techniques, et une volonté de créer un ordre professionnel, qui verra le jour en 1946.
Les géomètres ont aussi joué un rôle clé dans la mise en valeur des territoires coloniaux, en réalisant des levés topographiques pour l’aménagement urbain et agricole.
L’essor des techniques topographiques (tachéomètre, niveau à bulle, visée optique) a transformé les méthodes de travail.

L’affaire du Château Fantôme en Corrèze (1902) Dans un petit village près de Brive-la-Gaillarde, un baron excentrique prétend posséder les ruines d’un ancien château mérovingien. Pour prouver la légitimité de son titre et récupérer des subventions pour restaurer le site, il engage un géomètre pour établir un plan topographique.
Le géomètre, un jeune homme ambitieux fraîchement diplômé de l’École spéciale des travaux publics, débarque avec tout son attirail moderne : niveau optique, chaîne d’arpenteur et même un assistant portant les jalons. Mais en explorant le terrain, il découvre... qu’aucune ruine ne correspond aux descriptions anciennes.
Le baron, gêné, lui remet des "documents historiques" censés prouver l’existence du château dont certains, comiquement, portent des blasons copiés d’un manuel de héraldique de 1880 !
Intrigué, le géomètre poursuit discrètement ses relevés et découvre que l’endroit n’a jamais abrité de château… mais était autrefois un dépôt de charbon pour les locomotives du XIXe siècle. Il rédige son rapport sans détour, ruine le projet du baron et gagne la reconnaissance du ministère de la Culture pour son intégrité.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là : quelques mois plus tard, une revue satirique publie une caricature du géomètre dans son uniforme, brandissant son théodolite comme une épée, avec la légende : “Il terrasse les châteaux fantômes avec la rigueur du compas !”