GEMMEUR



Le métier de gardien de gemmeur à la Belle Époque est une facette méconnue mais fascinante de l’histoire sociale et forestière du sud-ouest de la France, notamment dans les Landes
Le gemmage consiste à récolter la résine des pins maritimes, utilisée dans l’industrie (colle, vernis, etc.).
Cette activité était très répandue dans les Landes au XIXe siècle et au début du XXe siècle, avec des milliers de gemmeurs employés dans les forêts domaniales ou privées.
Le gardien n’était pas un gemmeur lui-même, mais un surveillant chargé de veiller à la bonne conduite des ouvriers et à la protection des pins.
Il assurait que les gemmeurs respectaient les quotas, les techniques de prélèvement, et ne volaient pas de résine.
Il pouvait aussi faire office de médiateur entre les propriétaires forestiers et les ouvriers.Tensions sociales
Les conditions de travail des gemmeurs étaient rudes, et des conflits éclataient parfois. Par exemple, en 1863 à Sabres, des émeutes ont conduit à l’arrestation de plusieurs gemmeurs, graciés ensuite par Napoléon III.
Le gardien pouvait donc être vu comme un agent d’autorité, parfois mal perçu par les ouvriers.
À cette période (fin XIXe – début XXe siècle), le métier se professionnalise avec des règles plus strictes et une surveillance accrue.
Le gardien devient un rouage essentiel dans la gestion forestière, à mi-chemin entre le contremaître et le agent de sécurité environnementale.

Le gemmeur et le sabot d’or (1907)
Dans un petit village près de Mimizan, un gemmeur nommé Baptiste "le Boiteux" était connu pour sa méthode peu orthodoxe : il utilisait un sabot creusé comme récipient à résine, au lieu du traditionnel pot en terre cuite. Mais ce sabot n’était pas ordinaire il était plaqué d’or à l’intérieur, offert par un riche négociant en résine qui avait parié sur les talents de Baptiste pour produire la résine la plus pure de la région.
Baptiste, rusé et un brin vaniteux, exhibait son sabot comme un trophée. Mais un jour, le sabot disparut mystérieusement. On soupçonna un autre gemmeur jaloux, une histoire de rivalité amoureuse avec la fille de l’aubergiste du coin. L’affaire fit grand bruit :
Des battues furent organisées dans la forêt.
Le sabot fut retrouvé... enterré sous un pin, avec une lettre d’amour signée “Ton rival en or”.
La lettre disait :
“Tu as ton sabot, moi j’ai son cœur. À chacun sa résine.”
ߎ L’histoire fit le tour des cabarets landais, et Baptiste devint une légende locale. On raconte qu’il continua à gemmer avec son sabot d’or, mais qu’il ne parla plus jamais de la fille ni du rival.