GARDIEN DE PRISON



À la Belle Époque (fin XIX – début XX siècle), le métier de gardien de prison en France était à la fois austère, militarisé et peu valorisé. Voici un aperçu de son évolution et de ses conditions :
Le terme "gardien" remplace progressivement les anciens titres comme geôlier, guichetier ou porte-clés dès les années 1760, mais il ne devient officiel qu’en 1841.
À cette époque, le gardien est souvent perçu comme un ancien soldat, recruté pour sa discipline et sa loyauté. Il est assimilé à la troupe de ligne, avec une hiérarchie militaire stricte .
Le métier souffre d’une image sociale négative : accusations de brutalité, alcoolisme, corruption, et conditions de travail très dures .
Les maisons d’arrêt (prisons départementales) et maisons centrales (pour peines longues) ont des gardiens aux rôles bien définis :
Gardien-chef (rang de sergent-major)
Premiers gardiens (sergent)
Gardiens ordinaires (troupe)
Le règlement de 1822 impose une discipline militaire et un uniforme proche de celui des soldats : sabre, bonnet de police, épée plate.
Les gardiens sont soumis au même rythme carcéral que les détenus, vivant souvent dans les prisons avec leur famille.
Conditions de travail
Salaire dérisoire, absence de formation, peu de perspectives de promotion.
Les gardiens ne sont pas chargés de la sécurité extérieure (assurée par l’armée jusqu’à la Grande Guerre), mais doivent maintenir l’ordre intérieur.
Une enquête parlementaire de 1872 recommande d’augmenter les effectifs pour pallier les carences.
Le terme "surveillant" remplace officiellement "gardien" en 1919, marquant une tentative de modernisation du métier.
Des réformes sont amorcées dès le Second Empire (1857) pour améliorer les salaires et la formation, mais les résultats restent limités.

Le gardien et le prisonnier cambrioleur… un duo inattendu
Un gardien de prison, connu pour son zèle et son apparente droiture, s’est retrouvé mêlé à une affaire rocambolesque quand il a été accusé d’avoir aidé un célèbre cambrioleur surnommé "le Baron des coffres" à organiser une évasion spectaculaire. Le détenu, expert en serrurerie, avait réussi à charmer plusieurs membres du personnel en leur promettant une part de ses anciens butins… une proposition alléchante pour certains.
Selon les journaux de l’époque :
Le gardien aurait fourni des plans du bâtiment et détourné l’attention des autres surveillants.
L’évasion avait été minutieusement orchestrée : déguisement, corde dissimulée dans des matelas, et même un faux médecin complice venu "ausculter" le prisonnier la veille.
Le prisonnier s’est échappé en pleine nuit, laissant derrière lui une cellule impeccablement rangée… et un cigare encore fumant sur la table une touche digne d’Arsène Lupin.Le gardien, lui, a nié farouchement toute implication, mais les témoignages et les lettres retrouvées ont suffi à le faire suspendre, puis muter dans une prison provinciale. Le cambrioleur, quant à lui, n’a jamais été retrouvé, bien qu’on ait dit l’avoir aperçu, élégant et moustachu, dans les rues de Buenos Aires.