GARDE FORESTIER


Le métier de garde forestier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple emploi : c’était une fonction essentielle au cœur des préoccupations environnementales, économiques et sociales de l’époque. Voici un aperçu captivant de son évolution et de son rôle à cette période charnière.
Origines et cadre institutionnel
Le métier s’inscrit dans une longue tradition remontant à l’Ordonnance de Colbert de 1669, qui réglementait la gestion des forêts royales et communales.
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), les gardes forestiers étaient souvent des fonctionnaires de l’État ou des communes, assermentés et rattachés à l’Administration des Eaux et Forêts.
Ils étaient répartis en gardes domaniaux (forêts de l’État), gardes communaux (forêts des communes), et gardes mixtes (chargés des deux).
Surveillance des forêts : lutte contre le braconnage, le vol de bois, et la dégradation des milieux naturels.
Application du régime forestier de 1827, qui encadrait strictement l’usage des forêts par les populations locales.
Participation aux ventes de bois, martelage des arbres, inventaires forestiers, et police de la nature.
Rôle pédagogique : contact avec les riverains, élus locaux, et parfois écoles en visite
Vie quotidienne et conditions de travail
Les gardes forestiers vivaient souvent dans des maisons forestières, isolées au cœur des bois.
Ils patrouillaient à pied ou à cheval, parfois armés, et portaient des uniformes réglementaires.
Leur travail était solitaire, exposé aux intempéries, aux conflits avec les exploitants, et parfois à des menaces physiques.
En 1912, un statut officiel distingue les grades de garde et de brigadier.
En 1919, les gardes communaux sont progressivement intégrés à l’administration domaniale, renforçant l’autorité de l’État sur les forêts.
Le métier évolue vers une professionnalisation accrue, avec des exigences de formation, de discipline, et de loyauté envers l’État.
La Belle Époque marque une transition : les gardes forestiers passent d’un rôle essentiellement répressif à une fonction plus technique et éducative, annonçant les évolutions du XXe siècle vers la gestion durable des forêts.

L’affaire du garde forestier amoureux… et braconnier
Dans les années 1900, près de Fontainebleau, un garde forestier du nom d’Émile Lafleur — réputé pour son sens aigu de la surveillance et son élégance en uniforme — avait une mission simple : protéger les bois contre les braconniers. Mais voilà, les choses ont basculé quand une enquête sur un braconnage intensif mena… à sa propre cabane.
Les chasseurs du dimanche se plaignaient d’un mystérieux complice qui leur donnait des horaires “sûrs”.
Des collets dissimulés avaient été posés dans des zones normalement surveillées.
Émile, bien trop galant avec les promeneuses qu’il croisait, aurait vendu ses horaires de ronde contre un baiser… ou parfois un dîner.Il se dit qu’il était tombé fou amoureux d’une aristocrate fantasque, qui collectionnait les trophées de chasse comme d’autres collectionnaient des éventails. Pour lui plaire, il la laissa poser un piège dans une clairière interdite.
L’affaire éclata quand un jeune chevreuil fut retrouvé blessé près de la propriété de la dame… avec la marque d’un piège réglementaire. L’enquête fut menée tambour battant, et le garde Lafleur fut suspendu. Il aurait, selon les rumeurs, quitté la fonction publique pour devenir jardinier privé — chez elle.