GANTIER



Le métier de gantier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple artisanat : c’était un symbole de raffinement, de luxe et de savoir-faire ancestral. Voici un aperçu captivant de son histoire :
Le métier de gantier-parfumeur remonte au Moyen Âge, avec des statuts établis dès 1190 sous Philippe-Auguste.
À partir du XVIIe siècle, les gantiers deviennent aussi parfumeurs, notamment pour masquer l’odeur du cuir. Cette double compétence est officialisée par Louis XIV en 1651 avec le brevet de Maîtres Gantiers-Parfumeurs.
Les gants parfumés deviennent un accessoire incontournable à la cour, notamment grâce à Catherine de Médicis, qui popularise les gants aromatisés à la lavande, fleur d’oranger ou mimosa.
Trois villes dominent la ganterie française : Grenoble, Millau et Saint-Junien, chacune spécialisée selon les types de cuir disponibles localement.
À Millau, les gantiers forment une véritable aristocratie ouvrière, avec une forte tradition syndicale et des avancées sociales précoces comme les congés payés dès 1926.
Mode et société à la Belle Époque
Les gants sont portés longs, brodés, parfois ornés de franges ou de rubans. Ils sont un marqueur social, notamment chez les femmes élégantes qui les assortissent à leurs tenues.
Le cuir utilisé est souvent du chevreau, réputé pour sa finesse. Certains gants sont si fins qu’ils peuvent tenir dans une coquille de noix.
Le cuir est étiré, coupé à l’aide d’un emporte-pièce, puis cousu et teint. La mise en fleurs, une étape délicate, consiste à parfumer les gants en les enfermant avec des couches de fleurs pendant plusieurs jours.
L’intérieur est poudré pour neutraliser les odeurs et faciliter l’enfilage.
Après la Révolution, la corporation des gantiers-parfumeurs est dissoute en 1791, mais le métier perdure grâce à des maisons prestigieuses comme Agnelle ou Causse.
Aujourd’hui, la ganterie française reste un fleuron du luxe, perpétuant un savoir-faire unique.

Le duel des senteurs Un gantier renommé de la rue Saint-Honoré aurait tenté de séduire une cliente influente en lui offrant une paire de gants en chevreau, délicatement parfumés à la civette une essence animale très prisée à l’époque. Malheureusement, la dame, connue pour son engagement dans les cercles hygiénistes, trouva l’odeur insupportable et la jugea « indécente ». Elle fit publier une lettre ouverte dans Le Figaro, dénonçant les « gants fauves » et appelant à une réforme olfactive dans les maisons de couture.
Réaction en chaîne L’affaire fit grand bruit : certains gantiers prirent le parti de la cliente, lançant une mode de gants « sans parfum », tandis que d’autres défendirent la tradition en organisant une exposition de gants parfumés au musc, à l’ambre et à la lavande. Le gantier incriminé, pour redorer son blason, créa une gamme de gants « à l’eau de violette », qui devint un succès inattendu auprès des jeunes élégantes.