FRIPIER


Le métier de fripier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple commerce de vêtements usagés c’était un univers foisonnant, à la croisée du recyclage, de la mode populaire et des tensions sociales.
Le mot fripier vient de l’ancien français frepe, signifiant « chiffon ».
Dès le Moyen Âge, les fripiers revendaient des vêtements et objets usagés, souvent réparés, dans les rues ou dans des boutiques modestes.
À Paris, ils étaient nombreux et organisés en communautés, avec des statuts et des jurés dès le XVe siècle.
Le métier se spécialise : les fripiers en boutique se distinguent des vendeurs ambulants du Carreau du Temple, haut lieu de la fripe parisienne.
Ils s’approvisionnent auprès des hôpitaux, des monts-de-piété, du ministère de la Guerre (uniformes réformés), voire de la morgue.
Les Statut social et tensions
Les fripiers sont parfois méprisés : leur commerce est jugé trop rentable, et ils sont accusés de vendre des marchandises volées.
Ils sont associés aux classes populaires, voire aux marginaux, ce qui ternit leur image malgré leur rôle essentiel dans l’économie circulaire de l’époque.
À partir de 1880, la friperie devient un lieu prisé par les artistes, les étudiants et la bourgeoisie bohème, en quête de pièces uniques et bon marché.
Elle incarne une forme de résistance à l’uniformisation du prêt-à-porter industriel, qui commence à s’imposer.

Le "fripier des cocottes" : entre chiffons et confidences
À Paris, vers 1905, un certain Monsieur Léon, fripier installé dans le quartier de Montmartre, s’était taillé une réputation bien particulière. Sa boutique, remplie de robes de satin, corsets brodés et manteaux en astrakan, attirait une clientèle très spécifique : les demi-mondaines, ces femmes entretenues par des messieurs fortunés, aussi appelées "cocottes".
Mais ce n’était pas seulement pour les vêtements qu’elles venaient… Léon avait l’art de revendre discrètement les effets personnels que ces dames souhaitaient faire disparaître après une rupture ou un scandale. Bijoux offerts par des amants mariés, lettres compromettantes glissées dans des doublures, parfois même des objets volés dans des hôtels particuliers tout passait entre ses mains.
Un jour, une cliente un peu trop bavarde laissa entendre qu’un manteau en zibeline vendu par Léon appartenait à la maîtresse d’un ministre. L’affaire fit grand bruit dans les salons parisiens, et la boutique fut brièvement fermée pour enquête. Mais Léon, rusé comme un renard, avait déjà transféré ses plus belles pièces dans une arrière-boutique tenue par sa sœur… sous un autre nom.
Il réapparut quelques mois plus tard, sous le pseudonyme de "Monsieur Félix", et reprit son commerce avec encore plus de succès. On disait même qu’il conseillait les dames sur comment faire passer une robe de bal pour une tenue de veuve éplorée, selon les circonstances.