FORAIN



Le métier de forain à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple commerce ambulant c’était un univers foisonnant de spectacles, de techniques innovantes et de traditions populaires profondément enracinées.
La Belle Époque (1890–1914) fut une période de prospérité, d’innovation et d’effervescence culturelle en France.
Les fêtes foraines, autrefois liées aux foires commerciales et religieuses, deviennent à cette époque des événements festifs à part entière.
Le développement du chemin de fer facilite les tournées des forains à travers le pays.
Le mot forain vient du vieux français et désignait quelqu’un d’« étranger au village » — une personne itinérante.
Les forains deviennent des artisans du spectacle, proposant manèges, baraques, entresorts, spectacles de rue et attractions mécaniques.
Le métier est souvent familial, transmis de génération en génération, avec une forte identité communautaire.
Innovations et attractions
Apparition des carrousels-salons : véritables cathédrales de divertissement avec bal, brasserie, scène et manège tournant.
Les manèges de chevaux de bois, inspirés des tournois médiévaux, deviennent emblématiques de la fête foraine.
Les orgues de foire, utilisant des cartes perforées comme les métiers Jacquard, accompagnent les attractions de musique mécanique.
Les baraques foraines mettent en scène des phénomènes exotiques, des spectacles anatomiques, des marionnettes, et même les premières projections cinématographiques.
Les fêtes foraines deviennent des fenêtres sur le monde, mêlant réel et imaginaire, science et illusion.
Des artistes comme Jean-Louis Forain et Gustave Jossot illustrent cette époque avec des dessins satiriques et des caricatures sociales.
Une profession à part
Les forains ne doivent pas être confondus avec les gens du voyage : ce sont des professionnels du divertissement itinérant.
Malgré les difficultés (scolarisation des enfants, accueil municipal parfois hostile), le métier reste populaire et attractif

La Goulue, célèbre danseuse du Moulin Rouge, connue pour ses coups de pied acrobatiques et son tempérament de feu, décida un jour de quitter les cabarets pour... devenir foraine et dompteuse de fauves !
Dans les années 1890, après avoir conquis Paris avec ses danses endiablées, elle acheta une baraque foraine et s’associa au dompteur Adrien Pezon, qui lui apprit à dresser des lions, des hyènes et même des loups. Elle se produisait dans les foires, vêtue de tenues extravagantes, au milieu des fauves, sous les regards ébahis des badauds. Son fils Simon, qu’elle initia au dressage, reprit même le flambeau.
Mais la vie foraine n’était pas tendre : après la guerre de 1914, les fêtes furent suspendues, et La Goulue, tombée dans l’oubli et la misère, vivait dans une roulotte à Saint-Ouen avec ses chats et son chien Rigolo. Elle mourut en 1929, accompagnée seulement par quelques forains fidèles, avant d’être transférée au cimetière de Montmartre, là où elle avait fait danser tout Paris.