FLEURISTE





À la Belle Époque, le métier de fleuriste en France s’épanouit comme jamais auparavant entre élégance, raffinement et essor urbain.
Le métier tel qu’on le connaît aujourd’hui prend racine au XIXᵉ siècle, bien que l’art floral existe depuis l’Antiquité.
Avant l’apparition des boutiques, les vendeuses de fleurs étaient appelées bouquetières : elles vendaient des petits bouquets sur les marchés, souvent dans des conditions précaires.
En 1830, Madame Prévost ouvre la première boutique de fleuriste au Palais-Royal à Paris. Elle devient une figure emblématique, réputée pour son talent à composer des bouquets porteurs de messages subtils.
Dix ans plus tard, Jules Lachaume inaugure sa boutique rue de la Chaussée-d’Antin, qui déménage en 1870 rue Royale une adresse prestigieuse qui existe encore aujourd’hui.
Cette période voit le métier se transformer : de la vente ambulante à une profession artisanale respectée, avec des boutiques élégantes dans les grands boulevards haussmanniens
Un art au service de l’émotion
Les fleuristes de la Belle Époque ne se contentent pas de vendre des fleurs : ils créent des œuvres florales, associant couleurs, parfums et symboles.
Les bouquets deviennent des cadeaux codés, porteurs de sentiments et d’intentions — amour, amitié, deuil ou reconnaissance.
Majoritairement exercé par des femmes, le métier de fleuriste devient un phénomène urbain, lié à la mode, aux cérémonies et à la vie mondaine.
Les fleuristes doivent faire preuve de discrétion, goût et créativité, en phase avec les attentes d’une clientèle bourgeoise exigeante

À Montmartre, quartier bohème où l’art flirtait avec l’impertinence, vivait une fleuriste célèbre nommée Clothilde Vérot, surnommée "la Rose du Moulin". Elle tenait une boutique charmante à l’angle d'une rue pavée, ornée de guirlandes de lierre et d’arômes capiteux de jasmin. Sa spécialité : des roses d’un rouge intense, presque surnaturel, qu’elle vendait à prix d’or aux demoiselles de bonne famille et aux cabarets prestigieux.
Mais voici où ça devient croustillant…
Un jour, un chimiste amateur, client régulier, remarque que les fameuses roses perdent leur éclat après quelques heures, laissant des taches rouge cramoisi sur les mains. Intrigué, il analyse les pétales et découvre… un colorant textile interdit, utilisé pour renforcer leur teinte ! Clothilde truquait ses bouquets avec des produits chimiques pour éclipser la concurrence, mais aussi pour séduire les regards dans les salons mondains.
L’affaire fit scandale et fut relayée dans Le Petit Journal, déclenchant une vague de contrôles chez les fleuristes parisiens. Bien que Clothilde fût condamnée à une amende, elle transforma l’attention médiatique en marketing génial. Peu après, elle lança la « Rose Vérot », naturelle et cultivée sans artifice devenue un symbole d’élégance authentique dans les cercles artistiques.