FAIENCIER



Le métier de faïencier à la Belle Époque en France était à la croisée de l’artisanat d’art et de l’industrie décorative. Voici un aperçu de son évolution et de son rôle à cette période :
La faïence, céramique recouverte d’un émail stannifère, s’est implantée en France dès le XVIe siècle, notamment à Nevers, Lyon et Marseille .
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le métier de faïencier connaît un renouveau artistique, porté par l’essor du goût bourgeois pour les arts décoratifs et les objets raffinés.
Créateur et artisan, le faïencier conçoit des pièces utilitaires (vaisselle, carreaux) et décoratives (vases, figurines).
Il maîtrise plusieurs étapes : modelage de l’argile, cuisson, émaillage, peinture à la main, et seconde cuisson.
À cette époque, les faïenciers s’inspirent de styles variés : art nouveau, régionalisme, exotisme.
Centres de production emblématiques
Desvres (Pas-de-Calais) devient un haut lieu de la faïence française, avec des familles comme les Fourmaintraux et des artistes comme René Delarue.
Varages (Provence) perpétue une tradition remontant au XVIIe siècle, avec des décors inspirés de la mythologie et des saisons.
D’autres centres comme Quimper, Moustiers, Nevers ou Rouen conservent leur prestige en adaptant leurs productions aux goûts modernes.
Les faïenciers collaborent parfois avec des peintres ou sculpteurs pour créer des pièces uniques.
Le décor devient un terrain d’expression : scènes folkloriques, motifs floraux, personnages bretons ou orientaux.
Le métier est valorisé par des expositions universelles et des musées comme celui de Desvres, qui conserve des pièces emblématiques de cette époque.
La Belle Époque marque aussi le début de la signature des pièces, affirmant la reconnaissance du faïencier comme artiste.

Le scandale des faïenciers de Creil À la fin du XIXe siècle, la faïencerie de Creil, dirigée par Jacques Bagnall, un Anglais naturalisé français, était en plein essor. Mais derrière les décors floraux et les assiettes raffinées se cachait une histoire digne d’un roman feuilleton :
Bagnall, réputé pour son sens artistique, aurait engagé des ouvriers sans les déclarer pour accélérer la production et répondre à la demande croissante de la bourgeoisie parisienne.
Un inspecteur du travail, venu incognito, aurait découvert l’affaire en achetant une théière décorée d’un motif... représentant justement un ouvrier enchaîné ! Ironie du sort ou message codé ?
Le scandale éclata dans la presse locale, et Bagnall dut s’expliquer devant les autorités. Il plaida la passion de l’art et la pression du marché. Finalement, il fut condamné à une amende, mais sa réputation resta intacte auprès des collectionneurs.
Bonus croustillant : On raconte que certaines pièces de cette époque portent des motifs subtils dénonçant les conditions de travail, comme des chaînes dissimulées dans les feuillages ou des visages tristes dans les arabesques.