FACTEUR




Le métier de facteur à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple emploi : c’était une figure emblématique du quotidien, un lien vivant entre les citoyens et l’État, et un symbole de modernité dans une société en pleine mutation.
Le mot facteur vient du latin factum (celui qui fait) et apparaît au XVIIe siècle avec les premières tentatives de distribution urbaine du courrier à Paris.
En 1759, Piarron de Chamousset relance la "Petite Poste", qui inspire plusieurs grandes villes à adopter ce système.
Le métier se professionnalise au XIXe siècle, avec la création du service rural en 1830, qui recrute 5 000 facteurs pour desservir les campagnes tous les deux jours.
Les facteurs parcouraient jusqu’à 32 km par jour, souvent à pied, dans des conditions météorologiques difficiles.
Ils étaient souvent d’anciens soldats, choisis pour leur discipline et leur endurance.
Le facteur rural était surnommé le "forçat de la route", en raison de la dureté de ses tournées, parfois de plus de 60 km
Moyens de locomotion
Le vélocipède (ancêtre du vélo) devient un outil indispensable au début du XXe siècle, améliorant la rapidité des tournées.
Certains facteurs utilisaient des échasses dans les Landes ou des voitures à chiens dans les zones rurales.
Le facteur portait un uniforme officiel dès 1835, renforçant son image de représentant de l’État.
Il jouissait d’un certain prestige dans les villages, au même titre que le curé ou l’instituteur.
Le facteur était souvent le lecteur des lettres pour les personnes illettrées, créant un lien social fort.
Il apparaît dans la littérature (Maupassant), au cinéma (Jacques Tati), dans la chanson (Bourvil), et même dans les jouets.
Il introduit la tradition des étrennes avec le calendrier des Postes.

Le facteur de l'amour interdit 1902, Montmartre
À l’époque, les facteurs avaient une connaissance intime de la vie de leur quartier. Ils distribuaient les lettres mais parfois... ils les lisaient aussi. Ce qui arriva à Eugène, un jeune facteur de Montmartre au sourire enjôleur et au flair pour les correspondances passionnées.
Chaque matin, il remettait une lettre parfumée de Mlle Blanche à son amant secret, un marquis marié, vivant rue Lepic. Curieux et peut-être un peu trop romantique, Eugène commença à lire les missives en chemin… Il fut si ému par leurs échanges brûlants qu’il devint le messager de leur liaison interdite, aidant même à glisser des réponses dans les boîtes sans passer par les circuits officiels.
Mais voilà, dans une lettre d’adieu, Blanche se plaignit de ne plus recevoir de réponses… Le marquis, pensant qu’elle l’ignorait, coupa les ponts. Eugène, rongé par le remords d’avoir joué les entremetteurs et les faussaires, alla confesser son erreur à Blanche.
Touchée par la sincérité du jeune facteur (et peut-être un brin flattée), elle mit fin à sa romance noble et invita Eugène à prendre l’apéritif. Leur histoire finit en mariage, et on raconte qu’il devint chef de poste dans le 18e arrondissement… livrant des lettres, cette fois sans les ouvrir !