EQUARISSEUR




ߪ Le métier d’équarisseur à la Belle Époque en France était à la fois essentiel et marginalisé, mêlant utilité publique et stigmate social. Voici un aperçu de son histoire et de son rôle dans la société de l’époque :
L’équarisseur était chargé de traiter les carcasses d’animaux impropres à la consommation, principalement chevaux, bovins et autres grands mammifères.
Ce métier existait bien avant la Belle Époque, avec des pratiques remontant au Moyen Âge, mais il s’est adapté aux besoins croissants des villes modernes.
À la Belle Époque (1890–1914), l’urbanisation et l’essor des transports (notamment les chevaux de trait) ont rendu ce métier indispensable pour éviter les nuisances sanitaires.
Les équarrisseurs travaillaient souvent en périphérie des villes, dans des zones isolées pour limiter les odeurs et les risques sanitaires.
Des dépôts d’équarrissage ont été identifiés dans des villes comme Elbeuf, Beauvais, Évreux et Paris, souvent près des remparts ou dans des quartiers en cours d’urbanisation.
Les fosses d’équarrissage contenaient non seulement des ossements d’équidés, mais aussi des restes alimentaires, révélant une cohabitation entre déchets domestiques et animaux
Statut social et perception
Le métier était mal vu, associé à la saleté, à la mort et à des conditions de travail pénibles.
Les équarrisseurs étaient souvent exclus socialement, malgré leur rôle crucial dans la gestion des déchets urbains.
Certains métiers liés, comme les loueuses de sangsues, fréquentaient les équarrisseurs pour nourrir leurs sangsues avec du sang frais, illustrant un réseau de métiers marginaux mais interdépendants.
Avec les progrès de la médecine vétérinaire, de l’hygiène publique et de la mécanisation, le métier d’équarisseur a progressivement disparu ou s’est transformé en activité industrielle plus réglementée.
Il reste aujourd’hui un symbole des métiers oubliés, témoignant des réalités du quotidien à une époque souvent idéalisée.

La vengeance du cheval fantôme (Paris, années 1890)
Dans les abattoirs de la Villette, haut lieu de l’équarrissage à Paris, circulait une légende parmi les ouvriers : celle du "cheval fantôme" d’un riche bourgeois. Ce dernier, à l’agonie, avait juré que son fidèle destrier un pur-sang nommé Jupiter ne finirait jamais dans les mains "des équarisseurs aux mains rouges".
Or, après sa mort, la veuve, ruinée, vendit l’animal... à l'équarrisseur du coin. Jupiter termina sur une charrette direction La Villette, au grand dam des domestiques du défunt, qui voyaient en cela un sacrilège.
La nuit suivante, on raconte qu’un cri terrifiant retentit dans les couloirs de l’abattoir : un cheval blanc surgit au galop, traversa les halls dans un fracas, renversant outils et baquets. Les équarisseurs jurèrent avoir vu ses yeux flamboyer. L’un d’eux démissionna le lendemain, convaincu que Jupiter s’était vengé.
L’histoire circula dans les cafés parisiens, alimentant les fantasmes autour de l’abattoir de la Villette, déjà mal famé. Aujourd’hui encore, certains y voient la naissance d’un mythe urbain typiquement parisien.