EPINGLIER



Le métier d’épinglier à la Belle Époque en France était l’héritier d’une longue tradition artisanale remontant au Moyen Âge. À cette époque, les épingles étaient des objets essentiels pour la mode féminine, la couture et les coiffures élaborées. Voici un aperçu captivant de ce métier disparu :
Le métier d’épinglier consistait à fabriquer des épingles en laiton, cuivre ou fer, souvent étamées pour éviter la rouille .
Dès le XIII siècle, les épingliers formaient une corporation avec statuts, privilèges et sanctions. Les apprentis devaient avoir au moins huit ans et chaque maître ne pouvait en former qu’un seul .
En 1601, les épingliers furent regroupés avec les cloutiers, puis avec les aiguilliers en 1695, tout en gardant des techniques distinctes .
La confection d’une épingle nécessitait jusqu’à 18 opérations :
Tréfilage du laiton pour calibrer le fil
Décapage et redressage du métal
Empointage sur meule, puis finition par le repasseur
Formation de la tête en cannetille (fil spiralé), fixée par le bouteur
Blanchiment à l’étain et conditionnement dans des carterons
Conditions de travail
Le métier était physiquement éprouvant et dangereux : les poussières de laiton provoquaient des maladies pulmonaires et teintaient les cheveux en vert.
Les ouvriers gagnaient peu malgré des cadences élevées : jusqu’à 72 000 épingles par jour pour seulement 20 sols.
Des centres de production existaient en Normandie (L’Aigle, Bourth, Francheville) et en Seine-Maritime (Rouen).
Les épingles françaises étaient exportées dans toute l’Europe et jusqu’en Amérique.
À partir du XIX siècle, l’invention de machines à fabriquer des épingles entraîna la disparition progressive des artisans épingliers.

Dans la ville de L’Aigle, réputée pour ses ateliers d’épinglierie, une rumeur circulait qu’un ouvrier nommé Baptiste le Vert (surnommé ainsi à cause de la teinte verdâtre de ses cheveux due à la poussière de laiton) aurait un jour caché une bague de fiançailles dans une boîte d’épingles destinée à l’exportation vers l’Amérique. Pourquoi ? Parce que sa fiancée, couturière, partait tenter sa chance à New York, et il voulait lui faire une surprise romantique.
Mais voilà : la boîte fut interceptée par un douanier zélé qui, croyant à une tentative de contrebande, déclencha une enquête. Résultat : Baptiste fut brièvement emprisonné, la fiancée reçut la bague… avec un rapport officiel, et les journaux locaux s’emparèrent de l’affaire, titrant : « L’amour épinglé par la bureaucratie ! »