EPICIER



L’épicier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple commerçant : il incarnait une figure centrale du quartier, à la croisée du commerce, de la sociabilité et parfois même de la politique locale.
Le mot épicier vient de "épices", car à l’origine, il désignait les marchands d’épices venues d’Orient.
Au fil des siècles, les épiciers ont élargi leur activité à la vente de denrées alimentaires, produits ménagers, bougies, vinaigre, et même parfois des médicaments.
Sous l’Ancien Régime, devenir épicier nécessitait un apprentissage rigoureux, un compagnonnage de trois ans, et un serment devant le procureur du roi.
L’épicerie parisienne était un lieu de vie populaire, souvent ouverte de 6h à 22h, où l’on achetait tout en petite quantité : une pincée de girofle, une demi-livre de sucre, une tranche de fromage.
Les épiciers vendaient des produits coloniaux comme le sucre, le café, le thé, mais aussi des confitures, des pâtes, des produits d’entretien et d’éclairage.
Beaucoup d’épiceries étaient aussi des petites unités de transformation : elles torréfiaient le café, fabriquaient des confitures, voire des préparations médicinales .
Statut social et rôle dans la société
L’épicier était souvent un petit patron, appartenant à la petite bourgeoisie. Il pouvait être élu local ou membre influent de la communauté.
Il jouait un rôle de crédit local : les clients achetaient à crédit, noté sur une ardoise, ce qui renforçait les liens de confiance mais aussi de dépendance.
Certains épiciers parisiens ont transmis leur boutique sur plusieurs générations, créant de véritables dynasties commerçantes.
Les épiciers vendaient aussi des "saulces" : canneline, moutarde, saulce verte… et devaient respecter des règles strictes de qualité sous peine d’amende.
Ils étaient parfois confondus avec les apothicaires, ce qui a mené à des conflits de métier et à une séparation officielle au XVIe siècle.

Le scandale du vinaigre frelaté à Montmartre
Vers 1905, un épicier de la rue Lepic à Montmartre, connu pour son sens du commerce et son goût des profits rapides, eut une idée "géniale" pour booster ses ventes : il diluait du vinaigre avec de l’eau et y ajoutait du caramel pour redonner de la couleur… tout en le vendant comme produit artisanal « de la maison ».
Les habitués, charmés par l’étiquette dorée et le discours ronflant sur les "méthodes traditionnelles bourguignonnes", ne se doutaient de rien... jusqu’à ce qu’un chef de bistro, un peu trop connaisseur, trouve ce vinaigre suspect. Résultat ? L’affaire éclata dans Le Petit Journal, provoquant une ruée d’inspecteurs dans les épiceries du quartier.
L’épicier fut sermonné, mais pas interdit d’exercer. Et paradoxalement… ses ventes montèrent en flèche après l’article ! La curiosité des Parisiens pour le « vinaigre du scandale » fit de lui une sorte de célébrité locale.