ENOULEUR


Le métier d’énouleur, ou casseur de noix, fait partie de ces professions rurales et saisonnières qui ont marqué la vie quotidienne en France à la Belle Époque, surtout dans les régions productrices comme le Périgord, le Dauphiné ou le Quercy.
Le mot "énouleur" vient probablement du verbe énouler, qui signifie débarrasser les noix de leur coque.
L’énouleur travaillait souvent à la main, avec un petit marteau ou un casse-noix rudimentaire, parfois en groupe dans des ateliers ou chez des producteurs.
Son rôle était crucial pour la production d’huile de oix, très prisée à l’époque pour la cuisine, l’éclairage et même certains usages médicinaux.
Métier physique et répétitif, souvent exercé par des femmes ou des enfants dans les fermes.
Travail saisonnier, lié à la récolte des noix à l’automne.
Les coques étaient parfois utilisées comme combustible ou pour fabriquer des teintures.
À la Belle Époque (1890–1914)
L’énoulage était encore manuel, avant l’arrivée des machines industrielles.
Les noix étaient une ressource précieuse, et leur transformation mobilisait plusieurs métiers : ramasseurs, trieurs, énouleurs, presseurs.
Dans certaines régions, des fêtes de la noix célébraient la fin de la récolte et le début de l’énoulage.
Avec l’industrialisation et l’arrivée des machines casse-noix, le métier d’énouleur a peu à peu disparu.
Il reste aujourd’hui dans la mémoire collective comme un métier d’antan, parfois évoqué dans les musées ruraux ou les fêtes traditionnelles

Dans le village de Belvès, une petite commune du sud-ouest, les femmes se réunissaient autour d’un tas impressionnant de noix, armées de leur tricote un maillet en bois de buis et d’une lauze (pierre plate) posée sur les genoux. Le bruit du cassage rythmait les journées, de 8h du matin à 22h, parfois même sur le pas de la porte pour profiter de la lumière naturelle. C’était un travail familial et communautaire : les hommes rejoignaient les femmes l’hiver, les enfants s’y mettaient dès 9 ans, et même les tout-petits réclamaient leur tas de noix à casser.
Mais voici le croustillant : une certaine Annette Lacan, alors âgée de 4 ou 5 ans, voulait absolument participer comme les grandes. On lui installait une petite chaise et un tas de noix déjà cassées, juste pour qu’elle ait l’impression de travailler. Elle se prenait au jeu avec un sérieux désarmant, imitant les gestes des adultes avec son propre petit maillet. Ce n’était pas seulement mignon — c’était le début d’une vocation. Annette est devenue l’une des meilleures énoiseuses du village, capable de traiter un sac de 40 à 50 kilos par jour.
Et le plus savoureux ? Les cerneaux extraits étaient triés avec soin : les plus beaux pour la pâtisserie, les rouges pour l’huile, les pourris pour la peinture. Les coquilles, elles, servaient à chauffer les maisons, à fleurer le pain chez les boulangers, et même à lubrifier les foreuses pétrolières une fois compressées. Rien ne se perdait.