ENLUMINEUR


L'enlumineur à la Belle Époque : entre tradition et renaissance
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le métier d’enlumineur en France n’était plus au sommet de sa gloire médiévale, mais il connaissait une forme de renaissance artistique, portée par le goût du passé et le mouvement des arts décoratifs.
L’enluminure, du latin illuminare (« mettre en lumière »), est l’art d’illustrer les manuscrits avec des décors peints, souvent enrichis de feuilles d’or.
Ce métier a prospéré du haut Moyen Âge jusqu’au XVe siècle, avant de décliner avec l’invention de l’imprimerie.
À la Belle Époque, il ne s’agissait plus de produire des manuscrits religieux, mais de réinterpréter l’enluminure comme un art décoratif, souvent dans des cercles érudits ou artistiques.
Les enlumineurs de cette période étaient souvent artisans d’art ou illustrateurs, travaillant sur des diplômes, des menus, des cartes de vœux, ou des livres d’art.
Le style médiéval était revisité avec des techniques modernes : pigments synthétiques, supports variés (papier, carton), et parfois des influences Art Nouveau.
Quelques ateliers et écoles, comme l’Institut Supérieur Européen de l’Enluminure et du Manuscrit (fondé plus tard en 1981), ont contribué à faire perdurer ce savoir-faire .
Techniques et savoir-faire
L’enlumineur choisissait son support (parchemin ou papier), traçait les esquisses, posait la feuille d’or, puis appliquait les couleurs avec des pigments naturels ou synthétiques.
Le travail demandait patience, précision et sens artistique, avec parfois plus de 100 heures pour une seule œuvre.
À la Belle Époque, l’enluminure était vue comme un art patrimonial, célébré dans les cercles historiques et artistiques.
Elle a influencé les arts décoratifs et la typographie, et certains artistes ont intégré des éléments d’enluminure dans leurs œuvres modernes

En 1898, un enlumineur du nom d’Armand Lussac, descendant d’une lignée d’artisans médiévaux, avait élu domicile dans le Quartier Latin de Paris. Bien qu’il fût l’un des rares à encore pratiquer l’art des manuscrits enluminés à la main une rareté à une époque dominée par l’impression il jouissait d’une clientèle fortunée et excentrique, notamment des bibliophiles et des écrivains.
Un soir, lors d’un dîner animé au Café Procope, Armand se vante d’avoir découvert une encre dorée dont la formule serait inspirée des alchimistes florentins. Intrigués, plusieurs membres de la haute société lui commandent des poèmes et des lettres décorées à l’or, à offrir à leurs amours secrètes. Mais voici la tournure rocambolesque...
Quelques semaines plus tard, des clients reviennent furieux : l’encre dorée s’efface à la lumière du soleil et laisse… une odeur d’oignon ! Il s’avéra qu’Armand avait mélangé de la poudre d’or avec un liant à base d’extrait d’oignon et d’huile de lin en croyant que cela renforcerait l’éclat tout en préservant le papier. Raté.
Plutôt que de fuir le scandale, Armand transforme l’affaire en publicité : il vend désormais ses lettres comme « éphémères et parfumées pour les amours fugaces mais piquantes ». Ironiquement, sa popularité grimpa et ses lettres devinrent un must dans les cercles libertins de Montmartre.