ECLUSIER



Le métier d’éclusier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple travail manuel : c’était une fonction essentielle au bon fonctionnement du réseau fluvial, dans une époque où les voies navigables jouaient un rôle majeur dans le transport des marchandises et des personnes.
La Belle Époque (1871–1914) fut une période de prospérité, d’innovation et de modernisation en France.
Les canaux et rivières étaient des artères vitales pour le commerce, notamment avant la généralisation du transport ferroviaire.
Le métier d’éclusier s’inscrivait dans cette dynamique, garantissant la fluidité du trafic fluvial.
L’éclusier était chargé de manœuvrer les écluses, permettant aux bateaux de franchir les différences de niveau entre deux sections d’un canal ou d’une rivière.
Il devait entretenir les mécanismes, surveiller les niveaux d’eau, et parfois gérer les conflits entre bateliers.
Certains vivaient dans des maisons d’éclusier, souvent situées à proximité immédiate de l’écluse, ce qui faisait de leur métier une véritable vie de guet.
Vie quotidienne
Le métier était solitaire mais respecté, avec des horaires irréguliers dictés par le passage des bateaux.
Les éclusiers formaient une communauté discrète mais soudée, souvent transmise de génération en génération.
Ils étaient parfois considérés comme les gardiens du canal, veillant à la sécurité et à la régulation du trafic.
À la Belle Époque, les écluses étaient encore manuelles, nécessitant force physique et habileté.
Avec le temps, la mécanisation et l’automatisation ont transformé le métier, réduisant le besoin de présence humaine constante.
Aujourd’hui, le métier existe toujours, mais il est souvent intégré dans des fonctions plus larges de gestion hydraulique ou de surveillance environnementale.

L’affaire Sajard, éclusier indigné (1831) À Strasbourg, au début du XIXᵉ siècle, les éclusiers jouaient un rôle crucial dans le transport fluvial. Mais certains profitaient un peu trop de leur position… Le maire Jean-Frédéric de Turckheim, excédé par les cadeaux et pots-de-vin que les bateliers offraient aux éclusiers pour passer plus vite, interdit formellement ces pratiques le 25 juin 1831.
Un mois plus tard, un éclusier nommé Sajard adresse une lettre au maire, une véritable supplique théâtrale. Il y affirme :
Qu’il est honnête et exemplaire, contrairement à ses collègues.
Qu’il a sauvé 22 personnes de la noyade (rien que ça !).
Que sa mère est malade, et qu’il mérite une augmentation.
Que les cadeaux sont une tradition, et qu’ils lui permettent simplement de survivre.
Son plaidoyer, rédigé dans un style ampoulé et presque comique, semble avoir été écrit par un écrivain public tant il est bien tourné. C’est un mélange de sincérité, de rouerie et de stratégie sociale typique de l’époque.