DROGUISTE



Le métier de droguiste à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple commerce de produits chimiques ou ménagers c’était une profession à la croisée de la pharmacie, de la chimie et du savoir botanique. Voici un aperçu de son évolution et de son rôle dans la société de l’époque :
Le droguiste vendait des substances d’origine végétale, animale ou minérale utilisées à des fins médicales ou domestiques.
Il fournissait des matières premières aux pharmaciens, médecins, teinturiers, parfumeurs et parfois même aux particuliers.
Le terme « drogue » désignait alors toute substance naturelle utilisée en thérapeutique, bien loin de son sens moderne.
La loi du 21 Germinal an XI (1803) a marqué un tournant en interdisant la vente de remèdes secrets non validés par les écoles de médecine et de pharmacie.
Cette loi a aussi renforcé le monopole pharmaceutique, limitant les drogueries à la vente de substances autorisées et excluant tout autre commerce dans leurs officines.
À partir du XIXe siècle, la chimie thérapeutique s’est développée, et les drogues ont été étudiées pour isoler leurs principes actifs (ex. morphine, caféine, digitaline).
Le droguier : témoin du savoir
Un droguier était une collection méthodique de drogues conservées dans des bocaux, servant à l’enseignement et à la recherche.
Le Droguier Menier, conservé à Paris, est un exemple emblématique : il rassemble les drogues essentielles utilisées au XIXe siècle et témoigne de l’évolution des connaissances pharmaceutiques.
Ces collections permettaient de transmettre le savoir et de comparer les substances anciennes avec les découvertes modernes.
Cette période (1890–1914) fut marquée par une effervescence scientifique et culturelle, propice à l’essor de la pharmacie et de la chimie.
Les drogueries ont joué un rôle dans la transition vers une médecine plus rationnelle, en fournissant des substances mieux identifiées et dosées.
Le métier de droguiste s’est peu à peu spécialisé, avec une distinction plus nette entre pharmaciens, chimistes et commerçants

Le Vin Mariani : l’élixir cocaïné du droguiste star
À la fin du XIXe siècle, Angelo Mariani, un chimiste corse et droguiste visionnaire, crée un breuvage révolutionnaire : le Vin Mariani, un vin de Bordeaux infusé de feuilles de coca. Oui, de la cocaïne, mais dans sa version chic et légale de l’époque.
Le pape Léon XIII lui décerne une médaille d’or pour son vin, qu’il consomme lui-même. Mariani s’en sert dans sa pub !
Sarah Bernhardt, Jules Verne, Thomas Edison et même le tsar de Russie figurent parmi ses clients célèbres.
Mariani publie un livre de témoignages de ses clients VIP, transformant son vin en produit culte.
Dans les salons parisiens, on sert le Vin Mariani comme un élixir de vitalité, plus chic que le champagne.