DOREUR



Le métier de doreur en France à la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle) incarne un art raffiné, hérité de traditions anciennes et adapté aux goûts somptueux de cette période.
Depuis l’Antiquité, la dorure à la feuille d’or est utilisée pour magnifier objets, meubles et architectures.
En France, le métier de doreur s’est structuré dès le XVIe siècle, notamment avec les doreurs sur métaux, qui travaillaient pour l’aristocratie parisienne.
À la Belle Époque, le doreur devient un artisan incontournable dans la décoration intérieure, les arts décoratifs et la restauration du patrimoine.
Dorure à la détrempe : technique traditionnelle sur bois, utilisant de la colle de peau de lapin et du blanc de Meudon pour préparer le support.
Dorure à la mixtion : plus rapide, adaptée aux surfaces moins exigeantes, mais ne permet pas le brunissage.
Brunissage : réalisé avec une pierre d’agate pour faire briller l’or.
Les doreurs manipulaient des outils spécifiques comme le coussin à dorer, le couteau à dorer, et la palette à dorer.
Rôle à la Belle Époque
Le métier s’épanouit dans les palais, théâtres, hôtels particuliers et églises, où le faste et l’ornementation sont à leur apogée.
Les doreurs collaborent avec ébénistes, sculpteurs et peintres décorateurs pour créer des décors somptueux.
Le style Art nouveau, très en vogue à cette époque, intègre des éléments dorés dans ses courbes végétales et ses motifs stylisés.
Le métier est transmis par apprentissage, souvent sur plusieurs années.
Des écoles comme l’École Boulle ou les Compagnons du Devoir forment les doreurs à la maîtrise des techniques traditionnelles.
Les œuvres dorées de la Belle Époque sont aujourd’hui restaurées par des artisans spécialisés, perpétuant un savoir-faire précieux.
Le métier de doreur reste un pilier de l’artisanat d’art français, entre tradition et modernité.

Dans les années 1900, un doreur réputé du quartier du Marais, nommé Émile Vautrin, fut engagé pour restaurer les dorures du somptueux lustre du Palais Garnier, l’opéra emblématique de Paris. Ce lustre monumental, pesant plus de 7 tonnes, était orné de feuilles d’or et de cristaux taillés, suspendu au plafond peint par Marc Chagall (plus tard, en 1964).
Mais voilà : lors de la restauration, Vautrin aurait discrètement substitué de véritables feuilles d’or par un alliage doré, tout en facturant le prix du matériau noble. Le pot aux roses fut découvert par un inspecteur du ministère des Beaux-Arts, alerté par une brillance jugée "trop jaune" et "trop uniforme" pour de l’or véritable.
L’affaire fit les choux gras des journaux parisiens, notamment dans Le Petit Journal, qui titra : "Le doreur de l’Opéra pris en flagrant éclat !"
Vautrin fut poursuivi pour escroquerie, mais sa défense fut aussi brillante que ses dorures : il plaida que l’alliage utilisé était plus résistant à la chaleur des lampes à gaz et qu’il avait agi dans l’intérêt de la sécurité publique. Le jury, séduit par son éloquence et son moustache impeccable, le condamna à une amende symbolique.
Quelques années plus tard, le lustre fut modernisé pour l’électricité… et les dorures d’Émile Vautrin tinrent mieux que celles de ses successeurs. Il fut réhabilité dans les cercles d’artisans et surnommé "le doreur visionnaire".