DOMESTIQUE



Le métier de domestique à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple emploi : c’était un pilier de la société bourgeoise, un marqueur social, et souvent une étape de vie pour les jeunes femmes issues de milieux modestes.
Période concernée : La Belle Époque (environ 1870–1914) est marquée par une forte urbanisation, une croissance économique, et l’essor de la bourgeoisie.
Demande croissante : Les familles bourgeoises, soucieuses de leur confort et de leur statut, embauchaient des domestiques pour entretenir leur maison, élever leurs enfants, et assurer les tâches quotidiennes .
Féminisation du métier : À partir du XIXe siècle, le métier se féminise fortement. Au début du XXe siècle, plus de 80 % des domestiques sont des femmes.
Origines sociales : La majorité venait de la campagne, souvent sans formation, et voyait dans ce métier une opportunité de promotion sociale .
Hiérarchie stricte : De la « bonne à tout faire » aux gouvernantes, une hiérarchie existait selon les tâches et le prestige du poste .
Logement chez l’employeur : Les domestiques vivaient souvent dans des chambres exiguës sous les toits, appelées « chambres de bonnes ».
Contrats précaires : Les engagements étaient souvent oraux, et les employeurs pouvaient licencier sans motif.
Soumission et invisibilité : Les domestiques étaient tenues à la discrétion, à l’obéissance, et à la fidélité. Elles étaient souvent surveillées pour éviter les vols ou les indiscrétions.
Livret obligatoire : Dès 1860, un « livret domestique » était exigé, consignant les périodes d’emploi et servant de contrôle social.
Le roman Le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau (1900) illustre la dure réalité du métier à travers le regard de Célestine, une soubrette bretonne confrontée à l’hypocrisie de la bourgeoisie.
Âge moyen : Entre 29 et 30 ans, avec de nombreux cas d’adolescentes employées dès 14 ou 15 ans.

Voici une anecdote savoureuse qui illustre les tensions et les jeux de pouvoir dans les grandes maisons bourgeoises de la Belle Époque :
En 1891, Pierrette Parisse, jeune domestique de 19 ans, travaille dans un café tenu par Marguerite Fetet. Tout se passe bien jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle employée, Jeanne Ollagnier. Du jour au lendemain, Jeanne devient la favorite de la patronne, au point de partager son lit, tandis que Pierrette est reléguée au second rang. Pire encore, Jeanne commence à lui donner des ordres, inversant totalement la hiérarchie informelle entre les deux jeunes femmes.
Pierrette, blessée dans son orgueil et sa position, témoigne plus tard :
« À partir de ce jour, Jeanne Ollagnier a presque constamment couché avec la patronne, et moi, qui jusque-là étais la favorite, je suis descendue au second rang. »