DENTELLIERE




À la Belle Époque, le métier de dentellière en France était un art autant qu’un gagne-pain. Voici un aperçu captivant de cette profession délicate et profondément enracinée dans le patrimoine français :
La dentelle est apparue en France dès le XVIe siècle, mais c’est au XVIIe siècle, sous l’impulsion de Colbert, que des manufactures royales furent créées pour rivaliser avec les dentelles italiennes .
Des centres comme Alençon, Chantilly, Dieppe et Bailleul devinrent des hauts lieux de la dentellerie, chacun avec ses styles et techniques propres .
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), des milliers de femmes travaillaient à domicile ou dans des écoles spécialisées, souvent dès l’âge de 7 ou 8 ans .
Le travail était minutieux et exigeant : certaines dentellières maniaient jusqu’à 1 500 fuseaux pour un seul ouvrage.
Elles s’installaient souvent devant leur porte ou leur fenêtre, travaillant à la lumière du jour ou à la chandelle, parfois en groupe pour se soutenir.
Un métier modeste mais vital
La dentelle offrait un complément de revenu essentiel aux foyers ouvriers ou marins-pêcheurs, notamment dans les régions du Nord et de Normandie .
Les dentellières étaient souvent exploitées par des commerçants qui leur fournissaient le fil et les modèles, puis négociaient âprement les prix.
Des écoles de dentelle furent fondées, comme celle de Chantilly en 1694 par Anne de Bavière, ou celle de Bailleul au XIXe siècle, soutenue par des mécènes et institutions religieuses .
Ces écoles formaient des centaines de jeunes filles, leur enseignant à la fois la dentelle et les rudiments de lecture et écriture.
L’industrialisation et les changements de mode ont entraîné le déclin de la dentelle artisanale au XXe siècle .
Toutefois, certaines régions ont su préserver ce savoir-faire, et des écoles et musées perpétuent encore aujourd’hui cette tradition précieuse.

Dans les années 1890, à Calais, haut lieu de la dentelle mécanique, une dentellière nommée Élise Morel travaillait dans un petit atelier familial. Elle était connue pour ses motifs floraux d’une finesse inégalée, réalisés à la main malgré la montée des machines. Un jour, une maison de couture parisienne repère son travail et lui commande une série de dentelles pour une robe destinée à une actrice célèbre du théâtre de boulevard.
Le hic , Une autre dentellière, Margot L., jalouse de cette soudaine renommée, aurait tenté de saboter la commande en échangeant les fuseaux d’Élise avec des fils de mauvaise qualité. Mais Élise, flairant l’entourloupe, refait toute la pièce en une nuit, à la lueur d’une lampe à huile, et livre la robe à temps.