DEMENAGEUR



Le métier de déménageur à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple transport de meubles c’était une profession exigeante, codifiée et empreinte de rigueur, bien avant l’arrivée des camions modernes.
Les déménagements étaient assurés par des voitures hippomobiles, souvent appelées tapissières, utilisées par les tapissiers pour transporter les biens des clients.
Ces véhicules étaient équipés de caisses suspendues par des chaînes pour protéger les objets fragiles, mais les accidents étaient fréquents, et les chevaux souvent surchargés.
En 1904, certaines entreprises de camionnage imposaient des règlements stricts à leurs employés :
Présence à l’écurie dès 4h45 en été et 5h45 en hiver.
Propreté obligatoire du matériel, des harnais et des chevaux chaque dimanche matin.
Interdiction de faire trotter les chevaux attelés aux gros camions.
Amendes pour brutalité, impolitesse ou négligence, parfois équivalentes à la moitié du salaire journalier.
Responsabilités et rémunération
Les camionneurs étaient responsables des marchandises transportées et de leur encaissement.
Une caution de 100 francs était exigée pour couvrir les éventuels dommages.
Le salaire mensuel était de 130 francs, payé en deux fois.
Des maisons comme Tessiot Déménagements, fondée en 1868 à Bourges, témoignent de l’ancienneté et du sérieux du métier. Elles ont évolué avec le temps, passant des chevaux aux monte-meubles modernes.
À Paris, les déménagements étaient si fréquents au printemps qu’ils devenaient un véritable spectacle urbain. Delphine de Girardin décrivait des rues envahies de pianos, commodes et bustes en mouvement

Une affaire bien "chargée" dans le Paris mondain Dans les années 1890, un déménageur du quartier du Marais, nommé Émile "le costaud", fut engagé pour transférer les effets personnels d’une certaine comtesse vers sa résidence secondaire en banlieue. Jusque-là, rien d’inhabituel. Mais alors qu’il déplaçait une grande armoire, il entendit un léger bruit de cliquetis… En ouvrant, il découvrit une collection secrète de bouteilles de champagne millésimé, et… des lettres enflammées échangées avec un célèbre chansonnier du Moulin Rouge !
Émile, homme discret mais pas insensible aux potins, se retint d’en parler. Du moins jusqu’à ce qu’un journaliste du Petit Journal vienne enquêter sur les "frasques des aristocrates modernes"... et se voit offrir, par un mystérieux informateur, l’accès à une lettre signée en violet – la couleur de l'encre de la comtesse. L’histoire fit scandale dans les cercles bourgeois, tout en assurant à Émile une carrière florissante : il devint le déménageur attitré des artistes et mondains, gardien de leurs secrets – pour un tarif majoré, bien sûr.