CROQUE MORT


Le métier de croque-mort à la Belle Époque en France était bien plus qu’une simple fonction funéraire : il incarnait une figure à la fois redoutée et essentielle dans la société. Voici un aperçu de son évolution et de son rôle à cette époque fascinante :
Le mot apparaît pour la première fois en 1788, dans le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier.
Plusieurs théories existent :
Il viendrait du "croc", une perche avec un crochet utilisée pour manipuler les cadavres pendant les épidémies.
Une légende raconte que l’on croquait l’orteil du défunt pour vérifier son décès, en lien avec le signe de Babinski découvert en 1896.
Le verbe "croquer" signifiait aussi voler ou faire disparaître, ce qui renforçait l’image sinistre du métier.
Le rôle du croque-mort à la Belle Époque
À cette période, le croque-mort était chargé de :
La mise en bière (placement du corps dans le cercueil).
Le transport au cimetière.
Parfois, l’organisation des obsèques.
Il travaillait souvent pour des entreprises de pompes funèbres, mais le métier n’était pas encore aussi réglementé qu’aujourd’hui.
L’image du croque-mort était teintée de mystère et de superstition, souvent perçu comme un porte-malheur ou un personnage lugubre.
Le croque-mort apparaît dans plusieurs œuvres littéraires du XIXe siècle :
Un Croquemort d’Émile Zola.
Le croque-mort dans Les Français peints par eux-mêmes (1840).
Paris Croque-Mort illustré par Alfred Choubrac (1889).
Ces représentations renforçaient son image sombre, mais aussi son importance sociale dans le cycle de la vie et de la mort.
Vers une professionnalisation
À la Belle Époque, le métier commence à se structurer :
Les premiers services funéraires organisés voient le jour.
Le croque-mort devient peu à peu un professionnel reconnu, même si le terme reste familier et parfois péjoratif.
Ce métier, à la croisée du sacré et du quotidien, reflète les attitudes ambivalentes face à la mort dans la société française de l’époque.

Dans le Paris des années 1890, un croque-mort du quartier de Montmartre, surnommé « Monsieur Choucas » pour son allure sinistre et son humour noir, avait une réputation bien particulière : il chantait des airs d’opéra pendant les mises en bière. Les voisins racontaient qu’il modulait des airs de La Traviata tout en clouant les cercueils, ce qui provoquait autant de frissons que de rires nerveux.
Un jour, alors qu’il préparait les funérailles d’un riche bourgeois, il découvrit que le défunt portait une bague ornée d’un diamant. Fidèle à la tradition douteuse du « croquage discret », il tenta de subtiliser le bijou… mais le « mort » se réveilla brusquement ! Il s’agissait en réalité d’un cas de catalepsie, et le pauvre homme avait été déclaré mort à tort. Le cri du croque-mort aurait été entendu jusqu’au Moulin Rouge, et l’affaire fit les choux gras des journaux satiriques de l’époque.