CORROYEUR


Le métier de corroyeur à la Belle Époque en France était un maillon essentiel dans la chaîne de transformation du cuir, entre le tanneur et les artisans comme les cordonniers ou les maroquiniers. Voici un aperçu de son histoire et de son rôle à cette époque :
Le métier de corroyeur remonte à l’Antiquité, mais c’est au Moyen Âge qu’il se structure en corporations avec des règles strictes d’apprentissage et de pratique.
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le corroyeur est encore très actif, bien que l’industrialisation commence à transformer les méthodes artisanales.
Le corroyeur prépare le cuir tanné pour le rendre utilisable : il le assouplit, le teint, le lisse, et le découpe selon les besoins.
Il utilise des outils spécifiques comme la lunette, le valet, les étires, les lièges, et les fourchettes pour travailler le cuir.
Le métier s’apprenait par apprentissage, souvent sur plusieurs années, sous la tutelle d’un maître.
Les corroyeurs formaient une communauté compagnonnique avec les tanneurs, partageant savoir-faire et traditions.Statut social et organisation
À Paris, les corroyeurs étaient regroupés avec les baudroyeurs, spécialisés dans les cuirs pour semelles et courroies.
Ils disposaient de statuts officiels et étaient représentés par des jurés qui régulaient la profession. En 1776, leur communauté fut fusionnée avec celle des tanneurs.
Le métier commence à décliner au XXe siècle avec la montée de l’industrialisation et la réduction des ateliers artisanaux.
Aujourd’hui, il survit dans des secteurs comme la maroquinerie de luxe, où le savoir-faire traditionnel est encore valorisé

Le corroyer et la comtesse aux gants tachés
En 1903, à Lyon, un corroyer du nom de Jules Tissier, réputé pour la qualité exceptionnelle de ses cuirs lustrés, recevait une commande très spéciale : des peaux fines de cerf destinées à la fabrication de gants pour la mystérieuse Comtesse d’Arbigny. Une femme connue pour ses goûts excentriques… et ses liaisons tout aussi extravagantes.
Mais voilà qu’un soir, Tissier surprit l’émissaire de la Comtesse un certain baron au charme douteux — en train d’ajouter une poudre rouge au bain de corroyage. Intrigué, Jules fit analyser la substance… et découvrit qu’elle contenait un pigment interdit, utilisé pour teinter les cuirs de manière trompeuse. Le but ? Faire passer des cuirs bovins pour du cuir de chevreuil très coûteux.
Le scandale éclata dans les salons bourgeois ! La Comtesse, humiliée, plaida l’ignorance, tandis que le baron disparut avec les gants frauduleux… Jules, lui, gagna en notoriété, ses ateliers débordant bientôt de commandes venant des plus grandes maisons de couture parisiennes.