COLLEUR D'AFFICHES




Le métier de colleur d'affiches à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple travail manuel : c’était une activité au cœur de la vie urbaine, de la publicité naissante et de la culture populaire.
La Belle Époque (1870–1914) fut une période de prospérité, d’innovation et d’effervescence artistique en France, notamment à Paris.
L’essor de la publicité visuelle accompagne le développement des journaux, du commerce, des spectacles et des produits de consommation.
Les affiches deviennent un média de masse, placardées sur les murs, les palissades, les colonnes Morris et les kiosques.
Ces ouvriers étaient chargés de distribuer et coller les affiches commandées par les annonceurs, théâtres, cinémas, marques ou partis politiques.
Ils travaillaient souvent de nuit ou tôt le matin, pour éviter les foules et respecter les emplacements autorisés.
Des artistes comme Jules Chéret, Henri de Toulouse-Lautrec ou Alphonse Mucha ont transformé l’affiche en œuvre d’art.
Les colleurs d’affiches jouaient un rôle indirect dans la diffusion de l’art populaire, en exposant ces créations dans les rues.
Certaines affiches devenaient si célèbres qu’elles étaient volées ou collectionnées, ce qui ajoutait une dimension inattendue au travail du colleur.
Les municipalités réglementaient les emplacements et les horaires de collage.
Des entreprises spécialisées comme Giraudy ou Avenir ont commencé à structurer le métier, embauchant des colleurs et gérant des réseaux d’affichage.
Le métier était parfois vu comme marginal, mais il était essentiel à l’économie de l’image.
Ce métier a aujourd’hui disparu sous sa forme traditionnelle, remplacé par l’affichage numérique et les campagnes publicitaires modernes. Mais à la Belle Époque, le colleur d’affiches était un acteur discret mais fondamental de la vie urbaine et culturelle.
Le métier exigeait force physique, rapidité, et une certaine discrétion car les colleurs étaient parfois en concurrence ou en conflit avec les autorités ou d'autres afficheurs.

À la fin du XIXe siècle, Paris était envahie par les affiches colorées de spectacles, produits et événements. Les murs devenaient des champs de bataille pour les colleurs d'affiches, qui se disputaient les meilleurs emplacements, souvent à la lueur du petit matin. Une loi de 1881 autorisait l'affichage partout sauf là où il était explicitement interdit, ce qui ouvrait la voie à une véritable guerre de territoire.
La scène croustillante ? Un matin de 1895, deux équipes de colleurs se retrouvent face à face devant une colonne Morris encore vierge. L’un travaille pour le Moulin Rouge, l’autre pour le cabaret du Chat Noir. Les deux veulent y apposer l’affiche de leur vedette respective : La Goulue pour le Moulin Rouge, et Aristide Bruant pour le Chat Noir. Les insultes fusent, les seaux de colle volent, et les affiches sont déchirées à peine collées. Finalement, un passant qui se trouve être un journaliste immortalise la scène dans un article intitulé “L’art dans la rue, ou la guerre des pinceaux”, qui fait le tour des cafés parisiens.