CLOUTIER




Le métier de cloutier à la Belle Époque en France était un artisanat ancien, profondément enraciné dans les traditions rurales et industrielles. Voici un aperçu captivant de son histoire :
Le cloutier est un artisan spécialisé dans la fabrication de clous à la main, métier attesté dès le Moyen Âge.
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), ce métier était en déclin, concurrencé par les machines anglaises à clous apparues dès 1820.
En 1848, on comptait encore 4 570 cloutiers en France, hommes, femmes et enfants compris.
Les cloutiers travaillaient dans de petites forges appelées boutiques, souvent installées dans des maisons rurales.
L’atelier comprenait une forge, une enclume spéciale (la cloutière), et parfois une roue à chien pour actionner le soufflet.
Le travail était physique et répétitif : 12 coups de marteau par clou, jusqu’à 100 clous par heure pour les plus habiles.
Corporations et statut social
Ils faisaient partie de la communauté des cloutiers-lormiers-étameurs-ferronniers, parfois regroupés avec les épingliers.
À Paris, selon les statuts d’Étienne Boileau (1268), un cloutier pouvait avoir plusieurs ouvriers mais un seul apprenti à la fois, avec un apprentissage de six à huit ans.
Les femmes pouvaient exercer ce métier, souvent en reprenant la forge de leur mari.
Il existait une centaine de formes de clous : pour la marine, les charpentes, les chaussures, les wagons, etc . .
Les cloutiers de régions comme les Ardennes, la Loire ou le Gier étaient réputés pour leur savoir-faire spécifique .
Déclin et disparition
L’industrialisation a progressivement rendu le métier obsolète.
Dans des villages comme Gespunsart, on est passé de 600 cloutiers en 1879 à une douzaine en 1929.
Certains cloutiers ont survécu jusqu’aux années 1940 dans des régions comme la Loire, grâce à des productions spécialisées.
Ce métier, aujourd’hui disparu, reste un témoignage précieux de l’ingéniosité artisanale française.

Dans le village ardennais de Gespunsart, haut lieu de la clouterie artisanale au XIXe siècle, les cloutiers travaillaient dans de petites boutiques avec forge, enclume et... roue à chien ! Oui, un chien tournait dans une roue pour actionner le soufflet de la forge. Mais ce n’est pas le plus insolite.
Un jour, deux cloutiers rivaux, Jules le Rapide et Maurice le Méticuleux, se disputèrent la faveur d’un marchand de clous influent. Le défi fut lancé : produire le clou le plus parfait en un temps record. Maurice, fidèle à sa méthode, passa des heures à façonner un clou d’une finesse inégalée. Jules, lui, fit appel à son chien, Biscotte, pour accélérer le soufflet et forgea un clou en 7 secondes, tout en chantant Le Chant du Cloutier de Théophile Malicet.
Le marchand, impressionné par la rapidité et le panache de Jules, lui confia une commande massive... mais les clous se révélèrent trop fins pour les charpentes. Maurice, avec ses clous robustes, fut rappelé en urgence. Depuis ce jour, on dit à Gespunsart : “Vaut mieux un clou lent qu’un clou fendant.”