CHEVRIER



Le métier de chevrier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple travail d’élevage : c’était une activité profondément enracinée dans les traditions rurales, souvent associée à la subsistance des classes populaires.
La Belle Époque (1890–1914) est une période de relative prospérité et de stabilité en France, marquée par des avancées technologiques et culturelles.
Malgré l’essor industriel, une grande partie de la population vivait encore dans les campagnes, où l’agriculture et l’élevage restaient essentiels.
Le chevrier était le berger spécialisé dans l’élevage des chèvres, souvent dans des zones montagneuses ou peu propices à l’élevage bovin.
La chèvre était surnommée « la vache du pauvre », car elle demandait peu de ressources et fournissait du lait, de la viande et du cuir.
Les chevriers produisaient des fromages vendus sur les marchés locaux, ce qui assurait un revenu complémentaire aux familles rurales.
Vie quotidienne et techniques
Le métier impliquait de longues journées en plein air, souvent en solitaire, à surveiller les troupeaux dans les pâturages.
Les chevriers utilisaient des savoir-faire transmis oralement : soins aux animaux, fabrication artisanale de fromages, et parfois transhumance saisonnière.
À la Belle Époque, le métier de chevrier commençait à décliner dans certaines régions, concurrencé par l’industrialisation et les nouvelles méthodes agricoles.
L’apparition de coopératives laitières et la modernisation de l’agriculture ont peu à peu marginalisé les petits éleveurs caprins.

À l’aube du XXe siècle, un chevrier audacieux du nom d’Alphonse Mignot décide de bousculer les traditions fromagères en tentant de créer un « Brie de chèvre ». Sacrilège ! Le brie, icône de la gastronomie française, était alors exclusivement produit avec du lait de vache dans la région de Meaux.
Alphonse, installé avec ses bêtes dans la Brie champenoise, croyait dur comme fer que le lait de chèvre donnerait au fromage une texture plus fine et un goût plus subtil. Il commence à produire secrètement ses meules blanches et les vend sous le manteau aux cafés parisiens qui cherchaient de l’originalité pour épater leur clientèle.
Mais voilà qu’un inspecteur du syndicat fromager, ayant goûté un brie « suspect » dans un établissement des Grands Boulevards, remonte la piste jusqu’à la chèvrerie d’Alphonse. L’affaire fait grand bruit ! Les journaux titrent « Le Brie trahi par la chèvre ! » et Alphonse est convoqué par la chambre syndicale de Meaux.
Ce scandale attise la curiosité. Des gastronomes parisiens affluent pour goûter cette hérésie caprine. Même Sarah Bernhardt aurait demandé un plateau lors d’une réception privée. Le Brie de chèvre devient une mode éphémère, et si la recette finit par être interdite par les puristes, elle inspire des affineurs du sud de la France à créer leurs propres versions… donnant naissance à des pépites comme le chèvre cendré en brie.