CHAUSSEUR



Le métier de chausseur à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple artisanat : c’était un symbole de statut, de raffinement et d’innovation dans un monde en pleine mutation.
La Belle Époque (environ 1890–1914) est une période de prospérité, d’essor culturel et de modernisation en France.
Les villes s’embellissent, les trottoirs se multiplient, et la mode devient un marqueur social fort, y compris pour les chaussures.
Le métier de chausseur regroupait bottiers (créateurs de bottes sur mesure) et cordonniers (réparateurs et fabricants de souliers).
Ces artisans faisaient partie de corporations puissantes, avec des statuts, des jurés et des règles strictes. À Paris, on comptait plus de 1800 maîtres cordonniers à la fin du XVIIIe siècle.
Les fils de maîtres bénéficiaient de privilèges pour accéder à la maîtrise, créant une forme d’aristocratie artisanale .
Mode et société
Les chaussures étaient très ouvragées, souvent en cuir brodé, velours ou soie, avec des talons hauts pour les hommes comme pour les femmes.
Le talon rouge, popularisé par Louis XIV, restait un symbole de noblesse et de pouvoir.
Les chaussures trop petites étaient à la mode chez les femmes, signe de délicatesse et de statut, même si elles étaient peu pratiques.
Dans les rues boueuses ou poussiéreuses, les cireurs (souvent appelés "décrotteurs") jouaient un rôle essentiel.
Ils travaillaient dans les gares, sur les ports, ou dans les rues, agenouillés devant les clients, symboles d’une hiérarchie sociale très marquée.
Héritage culturel
Le métier de chausseur est profondément lié au patrimoine français, avec des expressions populaires comme « haut comme ma botte » ou « mettre du foin dans ses bottes ».
Des figures comme le cordonnier royal Lestage, poète et artisan sous Louis XIV, ont marqué l’histoire du métier.

L’affaire des souliers secrets de la comtesse On raconte qu’un célèbre chausseur parisien, reconnu pour habiller les pieds des dames les plus influentes de la haute société, recevait une cliente régulière : la comtesse de V., réputée pour son goût raffiné et ses caprices. Un jour, elle lui demanda une paire de bottines tout à fait particulières : doublées de soie rose, avec un compartiment secret dans la semelle.
Intrigué mais discret, le chausseur réalisa la commande. Peu après, il découvrit que la comtesse s’en servait pour cacher des lettres d’un amant célèbre un peintre de Montmartre, avec lequel elle entretenait une liaison enflammée. Le tout se savait dans les cercles intimes, mais jamais révélé au grand public.
Le détail croustillant ? Lors d’une réception officielle, la comtesse perdit une chaussure... et l’un des petits billets tomba, au pied du ministre du Commerce ! On dit que le chausseur fut convoqué pour expliquer l’origine de cette fabrication si inhabituelle. Et qu’il en profita pour décrocher un contrat lucratif... avec ce même ministre !