CHAUFFEUR DE TRAIN


Le métier de chauffeur de locomotive à vapeur à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple travail : c’était une vocation, une aventure mécanique et humaine au cœur de la révolution industrielle.
Le chauffeur était l’assistant du mécanicien (ou conducteur) sur les locomotives à vapeur :
Il avait pour mission principale de gérer la chaudière, en alimentant le foyer avec du charbon.
Il devait maintenir la pression de vapeur nécessaire au bon fonctionnement de la machine.
Il surveillait les instruments de contrôle, comme le manomètre, et ajustait le tirage et l’alimentation en eau.
Il travaillait dans des conditions extrêmes : chaleur intense, bruit, suie, et parfois de nuit ou par mauvais temps.
Un métier physique et technique
Le chauffeur devait avoir une bonne condition physique pour pelleter plusieurs tonnes de charbon par trajet.
Il maîtrisait les principes thermodynamiques de la vapeur, sans forcément avoir une formation académique.
Il était souvent issu des métiers ouvriers : chaudronnier, ajusteur, forgeron… et pouvait évoluer vers le poste de mécanicien.
À partir des années 1840, avec l’essor du chemin de fer, le métier de chauffeur devient indispensable.
Il est reconnu comme un métier du rail à part entière, aux côtés du mécanicien, de l’aiguilleur ou du garde-barrière.
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), les chauffeurs participent à l’essor du transport ferroviaire, reliant les villes et les campagnes, et contribuant à la modernisation du pay .
Vie sociale et statut
Les chauffeurs faisaient partie du corps cheminot, une communauté soudée par les conditions de travail et les luttes sociales.
Le métier était souvent transmis de père en fils, avec une forte identité professionnelle.
En 1920, le statut de cheminot est officiellement reconnu, consolidant les droits et la reconnaissance de ces métiers.
Ce métier a disparu avec la fin des locomotives à vapeur, mais il reste une figure emblématique du patrimoine ferroviaire français.

Un jour de juillet 1902, sur la ligne Lyon-Bordeaux, un jeune chauffeur nommé Émile "Charbon-Fou" Lavelle décide de battre son propre record de vitesse à la chauffe. Convaincu que plus de charbon = plus de vapeur = plus de gloire, il s’emballe.
Mais voilà qu’au milieu des collines auvergnates, le foyer devient si intense qu’un nuage de suie jaillit de la cheminée comme un geyser noir. Les passagers crurent à une éruption volcanique, les vaches du coin s'enfuirent à toute allure, et le mécanicien, fou de rage et couvert de poussière, hurla : « Émile, t’as pas chargé un train... t’as réveillé le diable ! »
La locomotive, surnommée "La Gueule Rouge" après cet exploit, conserva la trace de cette flambée légendaire : une plaque de métal tordue par la chaleur et le respect éternel des anciens de la compagnie.
Émile fut suspendu pour excès d’enthousiasme… mais jusqu’à sa retraite, il portait fièrement un médaillon en forme de pelle, gravé : « À ceux qui osent allumer le feu. »