CHAUFFEUR DE TAXI



À la Belle Époque, le métier de chauffeur de taxi en France était en pleine transformation, passant des fiacres tirés par des chevaux aux premières automobiles motorisées. Voici un aperçu captivant de cette évolution :
Avant 1900, les taxis étaient essentiellement des fiacres : voitures à cheval conduites par des cochers.
Ces cochers étaient souvent issus de milieux modestes, notamment du Massif Central, et formaient des communautés soudées à Paris.
Le métier était réglementé dès le XVIIe siècle, avec des tarifs fixés par l’État et des plaques d’identification.
En 1897, le premier taxi motorisé, le Daimler Victoria, entre en circulation à Paris.
Ces véhicules étaient initialement électriques, mais rapidement remplacés par des modèles à essence, jugés plus rentables.
Le taximètre, inventé par Wilhelm Bruhn, permettait de calculer le prix des courses en fonction du temps et de la distance.
Paris, épicentre du changement
En 1905, la Compagnie française des automobiles de places est fondée, marquant le début des compagnies de taxis modernes.
Entre 1906 et 1907, le nombre de taxis à Paris passe de 300 à plus de 1000.
En 1910, les taxis deviennent une véritable institution, avec la première grève des chauffeurs salariés.
Les chauffeurs de taxi de l’époque devaient souvent payer eux-mêmes le carburant et l’entretien du véhicule.
Ils versaient une partie de leurs recettes à leur employeur, ce qui provoquait des tensions sociales et des mouvements syndicaux.
Le métier était marqué par une sensibilité politique à gauche, avec une forte mobilisation lors des grèves de 1936.
Les taxis de la Marne
En 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale, les taxis parisiens sont réquisitionnés pour transporter les troupes vers le front, devenant les célèbres taxis de la Marne.
Cet épisode confère au métier une aura patriotique et symbolique.

Le détour amoureux du chauffeur Augustin
Augustin était l’un des rares chauffeurs de taxi automobile à Paris en 1910. Tous les soirs, il arpentait les rues avec sa élégante Delaunay-Belleville, un bijou mécanique qui faisait tourner les têtes… y compris celle de la comtesse Élodie de Vervins.
Un soir d’été, alors qu’il s’apprêtait à finir sa tournée, il est appelé en urgence au salon Maxim’s. Une cliente mystérieuse demande un trajet vers l’Opéra. À peine installée, Augustin reconnaît la voix envoûtante d’Élodie, qu’il avait déjà transportée quelques mois auparavant. Mais au lieu de lui donner une adresse, elle lui murmure : « Faites-moi voir Paris... comme vous l’aimez. »
Le chauffeur, troublé mais ravi, abandonne son itinéraire. Il l’emmène dans un Paris secret : les quais tranquilles sous la lune, les passages couverts baignés de silence, les rues de la Butte avec vue sur les toits… Ils partagent des éclats de rire, une bouteille de vin volée au panier d’un épicier et même un petit slow improvisé sur le capot.
Au petit matin, Élodie disparaît sans laisser d’adresse, en laissant une rose sur le tableau de bord. Augustin la chercha pendant des mois, interrogea les concierges, fouilla les salons... en vain. Mais chaque soir, il roulait dans Paris, en espérant retrouver celle qui lui avait offert le détour le plus charmant de sa carrière.