CHAMOISEUR



Le métier de chamoiseur à la Belle Époque en France était un artisanat de niche mais essentiel, lié à la transformation des peaux en cuir souple, souvent utilisé pour les gants, vêtements ou objets de luxe. Voici un petit voyage dans le monde discret mais raffiné des chamoiseurs entre 1870 et 1914.
Le chamoiseur ne travaille pas la peau de chamois sauvage, mais transforme des peaux de moutons, chèvres ou chevreaux pour leur donner l’aspect et la souplesse du cuir de chamois .
Il utilise des techniques spécifiques, notamment le tannage à l’huile de poisson, pour assouplir et blanchir les peaux.
Ce métier est souvent associé à celui de gantier, car le cuir chamoisé est très prisé pour sa finesse et sa douceur.
Les chamoiseurs travaillaient dans des ouvroirs situés hors des villes, car le processus pouvait dégager des odeurs fortes et corrompre l’air.
Ils formaient parfois des corporations locales, comme à Maringues (Puy-de-Dôme), avec leurs propres bannières et traditions.
Le métier était saisonnier, plus actif en hiver lorsque les moutons étaient abattus, et dépendait fortement de la qualité de l’eau disponible pour le lavage des peaux .
Techniques artisanales
Le processus comprenait plusieurs étapes : lavage, retalage, enchaussenage (application de chaux), dépilage (retrait de la laine), puis séchage.
Les peaux étaient retalées plusieurs fois, du côté de la laine et de la chair, pour les nettoyer et les assouplir.
Une fois la laine retirée, les peaux devenaient des cuirets, prêtes à être utilisées ou vendues.
Le cuir chamoisé était utilisé pour :
Des gants de luxe
Des vêtements élégants
Des articles militaires ou scientifiques (comme les chiffons pour nettoyer les lentilles)
Ce cuir était apprécié pour sa souplesse, sa chaleur et sa beauté, et représentait un symbole de raffinement à la Belle Époque.

Le gant scandaleux de la comtesse d’Arbois
Vers 1907, dans les salons feutrés de Paris, on murmure à propos d’une affaire troublante impliquant la comtesse d’Arbois, figure mondaine renommée pour ses tenues irréprochables. Elle aurait fait confectionner une paire de gants en peau de chevreau chamoisée, d’une finesse si extrême qu’on disait qu’ils pouvaient passer à travers une alliance. Le chamoiseur, un certain Baptiste Maloret, artisan de renom, était si fier de son œuvre qu’il en aurait conservé le patron... mais pas seulement.
Lors d’une réception à l’Opéra, la comtesse retire discrètement ses gants, et c’est là qu’un invité un journaliste infiltré remarque une inscription brodée à l’intérieur : « À mon doux secret, que ces gants effleurent ta mémoire ». Une rumeur enfle : les gants auraient été un message codé destiné à un amant, glissé en douce par le chamoiseur lui-même, qui entretenait une liaison discrète avec la comtesse. L’affaire devient un scandale feutré : Baptiste est interrogé, nie tout... mais quelques mois plus tard, il quitte Paris et ouvre un atelier à Genève, loin des indiscrétions parisiennes.