CARRIER




Le métier de carrier à la Belle Époque en France était un travail rude, essentiel à l’essor urbain et industriel du pays. Voici un aperçu captivant de cette profession méconnue mais fondamentale :
Le carrier extrait la pierre dans des carrières à ciel ouvert ou souterraines, principalement pour la construction.
Aucun apprentissage formel n’était requis : la force physique suffisait pour débuter comme homme de bricole, le poste le plus bas dans la hiérarchie.
Les tâches incluaient le terrassement, le transport des blocs, et l’extraction manuelle à l’aide de marteaux, leviers et treuils.
Les carrières employaient plusieurs catégories d’ouvriers :
Hommes de bricole : débutants, manutentionnaires.
Hommes d’atelier : creusaient les galeries, faisaient les bourrages.
Trancheurs : découpaient les blocs dans la masse rocheuse.
Soucheveurs : détachaient les blocs en creusant sous eux, souvent allongés sous des tonnes de pierre.
Équarrisseurs : taillaient les blocs à angles droits.
Conducteurs : géraient les équipes et comptabilisaient le travail
Conditions de travail
Le travail était saisonnier : l’hiver marquait une période de chômage, sauf pour les préparatifs comme le percement des galeries.
L’été, les journées s’allongeaient, parfois jusqu’à 10 heures, dans des galeries sombres et poussiéreuses.
Les accidents étaient fréquents, notamment chez les soucheveurs, exposés à des effondrements.
Beaucoup venaient du Limousin ou d’autres régions, travaillant pendant la belle saison avant de retourner chez eux l’hiver.
Ce nomadisme professionnel a contribué à la diffusion des techniques et à la croissance de certains villages autour des carrières.Impact social et économique
Les carriers ont fourni la pierre pour les grands travaux haussmanniens, les gares, les ponts et les immeubles.
Leur travail a façonné le paysage urbain de la Belle Époque, bien que leur rôle soit souvent resté dans l’ombre.

Dans les carrières de marbre près d'Étretat, un certain Jules F., carrier réputé pour ses bras d’acier et ses chansons grivoises, avait l’habitude de tailler des blocs pour des sculpteurs parisiens. Un jour, un artiste fort connu (qu’on ne nommera pas mais qui avait un faible pour les nymphes mythologiques) lui commanda un bloc de marbre rose pour une statue « très intime ».
Jules livre le bloc à l’atelier parisien… mais il l’a malicieusement marqué en creux d’une inscription secrète sur la face arrière : « Pour les plaisirs cachés de Monsieur le sculpteur… »
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais lors de l’exposition au Salon des Beaux-Arts, la lumière passa à travers la fine robe de marbre et révéla la phrase au public médusé. Scandale dans les journaux ! Le sculpteur dut retirer l’œuvre, Jules devint une légende des carrières, et les clients parisiens commencèrent à inspecter leurs blocs plus sérieusement.