CARDEUR




Le métier de cardeur à la Belle Époque en France était un maillon essentiel de l’artisanat textile, héritier d’une longue tradition remontant au Moyen Âge. Voici un aperçu de son histoire et de son rôle à cette époque :
Les premiers statuts des cardeurs de laine à Paris datent de 1377, renouvelés en 1407, avec un apprentissage de six ans et des règles strictes sur la maîtrise.
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le métier s’est modernisé mais conservait encore des pratiques artisanales, notamment dans les campagnes et les petites villes.
Le cardeur démêle les fibres textiles (laine, coton, poils de castor ou de lapin) à l’aide de cardes — des outils munis de dents métalliques.
Il préparait la matière pour les drapiers, chapeliers et autres artisans du textile.
Le travail se faisait souvent à domicile ou en plein air, à cause de la poussière dégagée.
Pour devenir maître cardeur, il fallait maîtriser les trois sciences du métier : croquer, bouter et drécier.
Les cardeurs formaient une confrérie dédiée à Saint Roch et Saint Blaise, et participaient à la vie corporative de leur ville.
À la Belle Époque
Malgré l’essor de l’industrie textile mécanisée, le cardeur à façon restait actif, notamment dans des régions comme le Gard ou l’Auvergne.
Des brevets furent même déposés pour des machines à carder, preuve de l’adaptation du métier aux temps modernes.

À Mulhouse, vers 1905, un jeune cardeur nommé Jules, réputé pour son esprit frondeur, se fit remarquer par une drôle de ruse. Fatigué des cadences infernales et du regard sévère du contremaître, il eut l’idée d’entraîner les autres ouvriers dans une petite « grève du silence » : pendant une journée entière, tous les cardeurs refusèrent de prononcer le moindre mot, même pour les consignes techniques… mais continuaient de travailler sans faute !
Le contremaître, inquiet de ce silence soudain, crut à un mauvais présage ou à une rébellion organisée. Il fit appel au directeur, qui débarqua furieux dans l’atelier. Jules, imperturbable, lui tendit une pelote de laine parfaitement cardée, sur laquelle il avait brodé à la main avec du fil rouge : « Le bruit ne fait pas le bon travail. »
Le directeur fut si amusé (et secrètement admiratif) qu’il fit encadrer la pelote dans son bureau et instaura, à la demande générale, une pause de 15 minutes pour que les cardeurs puissent discuter librement… comme quoi, un peu de malice ouvrière pouvait faire évoluer les conditions de travail !