CANTONNIER




Le métier de cantonnier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple travail de voirie c’était une fonction essentielle au bon fonctionnement des routes, profondément ancrée dans l’histoire sociale et technique du pays.
Le terme cantonnier apparaît au XVIIIe siècle, lorsque Pierre Marie Jérôme Trésaguet, ingénieur des Ponts et Chaussées, propose en 1764 de diviser les routes en cantons pour en faciliter l’entretien .
À partir de 1816, les cantonniers deviennent des ouvriers permanents de l’État, remplaçant les adjudicataires privés.
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le cantonnier était chargé de :
Casser des cailloux pour l’empierrement des routes.
Déblayer les chaussées, enlever boues, neiges et glaces.
Entretenir les fossés, accotements et talus.
Assurer la sécurité et la praticabilité des voies en toutes saisons
Conditions de travail
Les cantonniers travaillaient jusqu’à 78 heures par semaine pour un salaire modeste .
Ils étaient souvent isolés, logés dans des cabanes au bord des routes, et surveillés par des chefs-cantonniers.
Le règlement de 1835 exigeait qu’ils sachent lire et écrire, signe d’une profession en voie de formalisation.
Le cantonnier était une présence familière dans les campagnes françaises, souvent vu comme un homme solitaire, courbé sur sa tâche, incarnant une forme de poésie discrète du quotidien.
À la Belle Époque, leur rôle devient crucial avec l’essor des transports et la modernisation des infrastructures.
Évolution et héritage
Le métier évolue au fil du XXe siècle : en 1947, le cantonnier devient agent de travaux, puis agent d’exploitation en 1991 .
Aujourd’hui, bien que le titre ait changé, l’héritage du cantonnier perdure dans les métiers de l’entretien routier.

L’affaire du tonneau suspect
Dans un petit village du sud de la France, au tournant du XXe siècle, un cantonnier nommé Anatole était réputé pour sa rigueur et son flair infaillible. Un matin, alors qu’il inspectait le bas-côté d’une route en préparation pour la visite du préfet, il tombe sur un tonneau abandonné, curieusement bien calé contre un muret. Intrigué, Anatole cogne dessus : boum, boum, un bruit creux, suivi d’un petit gémissement. Il alerte le garde champêtre.
En l’ouvrant... surprise ! Un contrebandier y dormait tranquillement, entouré de bouteilles de cognac de contrebande, bien calées comme dans un petit nid douillet. Le malfrat espérait se faire passer pour une cargaison anodine sauf qu’il ignorait que le cantonnier, grand amateur de tonnellerie, reconnaissait un tonneau de mauvaise facture à cent pas.
L’affaire fit les gros titres du journal local : “Un cantonnier découvre un tonneau vivant le nez fin d’un homme du chemin triomphe du trafic.”
Et depuis, les anciens du village disaient : “Si tu veux cacher quelque chose, évite les fossés d’Anatole.”