CANTINIERE




Le métier de cantinière à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple rôle de vendeuse ambulante : c’était une figure emblématique de l’armée, à la fois mère nourricière, infirmière improvisée et mascotte du régiment.
Le terme cantinière est souvent associé à celui de vivandière, désignant les femmes qui suivaient les armées pour fournir nourriture, boissons, tabac, et autres articles aux soldats.
Dès le XVIIe siècle, Louis XIV tente de réglementer leur présence dans les régiments, mais ce n’est qu’à la Révolution française que leur rôle est officiellement reconnu.
En 1793, un décret autorise les femmes à rester dans l’armée en tant que vivandières-blanchisseuses patentées, après l’expulsion des femmes jugées « inutiles ».
Les cantinières vendaient des produits aux soldats, mais aussi :
Soignaient les blessés sur le champ de bataille
Réconfortaient les troupes
Parfois même combattaient
Elles étaient souvent les épouses de soldats, partageant leur vie de campagne et élevant leurs enfants dans les bivouacs.
À partir du Second Empire, la cantinière devient une figure populaire, souvent idéalisée dans les estampes et les chansons.
Trois archétypes féminins émergent :
La mère courage, fidèle et protectrice
La femme légère, caricaturée dans les vaudevilles
La mascotte du régiment, jeune et coquette, arborant un uniforme féminin inspiré de celui des soldats .
Uniforme et image publique
Sous Napoléon III, les cantinières portent un uniforme stylisé : veste ajustée, jupe, tablier, col en dentelle, et le fameux tonnelet d’eau-de-vie en bandoulière.
s participent aux parades militaires, devenant des icônes populaires, bien que leur rôle réel soit souvent minimisé dans l’imagerie de l’époque.
À partir de 1875, leur nombre est réduit, et en 1890, elles perdent le droit de porter l’uniforme et d’accompagner les troupes sur le terrain.
Le métier disparaît progressivement, remplacé par des cantiniers hommes, bien moins appréciés par les soldats.

Marie Tête-de-Bois, surnom haut en couleur, fut l’une des cantinières les plus légendaires du début du XIXe siècle. Mariée à un grenadier, elle suivit l’armée pendant 17 campagnes, armée de son tonnelet d’eau-de-vie et d’un courage à toute épreuve. Lors de la bataille de Montmirail, son mari fut tué, et son fils, tambour dès l’âge de dix ans, mourut sous les murs de Paris en 1814. Marie, blessée en allant chercher son corps, survécut… mais pas pour longtemps.
ߒ¥ En 1815, toujours cantinière dans la Garde, elle fut touchée par un biscayen (une balle de mousquet) qui perça son tonnelet et son corps. Rampant jusqu’au cadavre d’un soldat pour s’en faire un oreiller, elle reçut une balle perdue en plein visage. Un grenadier mourant, dans un ultime éclat d’humour, lui lança :
« Marie, vous n’êtes pas belle comme ça. » Et elle répondit, dans un sourire ensanglanté : « C’est possible, mais je peux me vanter d’être fille, femme, mère et veuve de troupier. » Puis elle expira.