CAMERAMAN


À la Belle Époque, le métier de caméraman de cinéma en France était une aventure pionnière, bien loin de la profession technique et artistique qu’on connaît aujourd’hui.
Voici un aperçu captivant de son évolution :
1895 : les frères Lumière présentent leur cinématographe à Paris, lançant le cinéma comme spectacle public .
Les premiers caméramans étaient souvent opérateurs itinérants, formés à Lyon, envoyés dans le monde entier pour filmer des scènes de la vie quotidienne.
Leur rôle était double : filmer le réel (comme l’arrivée d’un train ou un repas de famille) et projeter les films dans des salles ou lors d’événements.
Le caméraman n’était pas encore considéré comme un artiste. Il était technicien, parfois même vendeur, car les films servaient à promouvoir le cinématographe lui-même.
Les tournages étaient rapides et peu coûteux : un à deux films par semaine, souvent d’une minute ou moins.
L’aspect artistique était secondaire ; l’objectif principal était commercial.
Premiers créateurs et styles
Georges Méliès, illusionniste devenu cinéaste, utilisait la caméra pour créer des mondes fantastiques, posant les bases du cinéma de fiction.
D’autres comme Alice Guy, première femme réalisatrice, ou Ferdinand Zecca, ont contribué à structurer les genres : drames sociaux, adaptations littéraires, comédies burlesques.
Les caméras étaient manuelles, lourdes, et les films souvent colorés à la main.
Le son était absent, mais des musiciens accompagnaient les projections.
Certains opérateurs comme Félix Mesguich ont même inventé le reportage filmé, capturant des scènes du monde entier.
Un métier en mutation
À mesure que le cinéma devenait une industrie, le caméraman s’est spécialisé : cadreur, chef opérateur, réalisateur.
La Première Guerre mondiale a marqué un tournant, déplaçant le centre du cinéma mondial vers Hollywood.

À la fin des années 1890, deux cameramen rivaux employés respectivement par les frères Lumière et par Georges Méliès se retrouvent un soir aux Folies Bergère, chacun missionné pour filmer une célèbre danseuse vedette, Cléo de Mérode, lors d’un spectacle très attendu. Le hic ? Aucun des établissements ne voulait de caméras dans la salle. Alors les deux hommes, rusés, planquent leurs imposantes machines sous des manteaux et les installent discrètement dans les loges.
Mais au moment de la représentation, leurs appareils commencent à faire un bruit mécanique de manivelle impossible à camoufler. Cléo s’interrompt, mi-choquée mi-amusée, et lance au public :
« Si ces messieurs me filment en douce, qu’ils s’assurent au moins que mon pied ne soit flou ! »
La presse du lendemain fait ses choux gras de l’incident, titrant : "Cléo de Mérode, prise entre deux objectifs... et deux egos." Ironiquement, cette scène donna naissance à la première « capture volée » du monde du spectacle précurseur du paparazzi cinématographique !