Le théâtre des trottoirs : le roi du dentifrice en poudre
CAMELOT


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ߗ£️ Le métier de camelot à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple commerce ambulant c’était une véritable scène de théâtre populaire, un carrefour entre politique, culture de masse et satire sociale.
Les camelots descendent des colporteurs traditionnels et des marchands ambulants, mais leur rôle s’est transformé avec l’essor de la presse populaire et la libéralisation de l’édition après la loi de 1881.
À Paris, on comptait environ 20 000 camelots, et près de 60 000 dans toute la France.
Ils vendaient des journaux, chansons, brochures, tracts, affiches, souvent à caractère satirique ou politique.
Leur activité s’inscrivait dans une dynamique de propagande de rue, notamment pendant des événements comme l’affaire Dreyfus ou les crises politiques de la IIIe République.
Le boulevard devenait leur scène d’expression, où ils interpellaient les passants avec humour, ironie et parfois virulence .
La "littérature du trottoir"
Ce terme désigne les imprimés populaires vendus par les camelots : chansons libres, libelles, pamphlets, objets à tirette, placards.
Ces supports étaient utilisés pour ridiculiser les figures publiques, comme Émile Zola ou Jules Grévy, et pour mobiliser l’opinion.
Période de croissance économique, d’urbanisation accélérée et de massification de l’instruction.
L’essor de l’imprimerie et des rotatives permit une diffusion massive de la presse et des brochures.
Les camelots participaient à cette culture de masse naissante, en rendant l’information accessible et divertissante.
Ce métier, haut en couleur, a marqué l’imaginaire collectif et reste un symbole de la vivacité démocratique de l’espace public à cette époque

Le théâtre des trottoirs : le roi du dentifrice en poudre
Aux alentours de 1905, sur les Grands Boulevards parisiens, un camelot nommé Gustave Lemoine, alias “Monsieur Hygiène”, avait inventé un dentifrice en poudre miracle, censé “faire briller les dents comme les dorures du Palais Garnier”. Plutôt audacieux, non ?
Mais le meilleur, c’était sa mise en scène. Chaque jour à midi, Gustave arrivait en haut-de-forme, accompagné d’un assistant déguisé en dentiste. Il se mettait à haranguer la foule avec un lyrisme qui faisait passer les politiciens pour des amateurs :
“Mesdames et Messieurs, vos sourires méritent un éclat impérial !”
Il ponctuait son discours par une démonstration sur des dents en plâtre, qu’il plongeait dans un liquide douteux avant d’appliquer sa poudre. Les faux chicots ressortaient blanc nacré… du moins, jusqu’à ce qu’on remarque qu’ils avaient été peints à la chaux au préalable. ߘ
La chute du “miracle”
Un jour, alors qu’il se produisait près du boulevard Montmartre, un pharmacien du quartier l’interpella en public, dénonçant la composition douteuse du produit : du bicarbonate, du plâtre et… un soupçon de poudre d’albâtre ! Gustave, pris de court, jura que c’était “un secret de famille gardé par les moines tibétains du Mont-Saint-Michel”.
La foule, mi-hilare mi-indignée, éclata de rire. Gustave disparut quelques jours… pour revenir vendre un “élixir tonique contre le stress urbain”, à base de vinaigre et de menthe poivrée.