CAILLOUTEUR


ߪ¨ Le métier de caillouteur à la Belle Époque en France était une activité aussi méconnue qu’essentielle, centrée sur la taille de pierres à fusil, principalement du silex blond du Berry. Voici un aperçu captivant de cette profession disparue :
Le métier remonte à environ 1550, lorsque des voyageurs découvrent des silex de qualité dans la région de Couffy, dans le Berry .
Les paysans locaux, intrigués, commencent à imiter les tailleurs clandestins et développent une véritable industrie artisanale.
Le silex du Berry était prisé pour sa capacité à produire des étincelles sans abîmer les platines des mousquets.
Les caillouteurs creusaient des puits étroits et profonds (jusqu’à 20 mètres) appelés "crots", souvent en escalier pour faciliter la remontée des pierres.
Le travail se faisait à jeun et à la bougie, dans des conditions humides et dangereuses.
Une fois les silex extraits, ils étaient taillés en lames puis en petits rectangles, utilisés dans les mécanismes des fusils.
Vie quotidienne et commerce
Le métier impliquait toute la maisonnée : hommes, femmes et enfants participaient à la taille des pierres.
Les pierres étaient vendues chaque samedi sur les places des villages, souvent en sachets de drap par lots de cinq.
Malgré une production massive (jusqu’à 25 millions de pierres par an pour les armées napoléoniennes), les caillouteurs restaient pauvres et vivaient modestement.
Les dangers étaient nombreux : effondrements de galeries, silicose ("la caillotte"), accidents oculaires dus aux éclats de silex.
Le métier a disparu après la Première Guerre mondiale, remplacé par des technologies plus modernes.

Une anecdote croustillante : la révolte du pavé Dans le quartier de Belleville, un groupe de caillouteurs aurait fomenté une petite rébellion en 1902. Pourquoi ? Un entrepreneur avait décidé de remplacer les pavés par du macadam, menaçant leur gagne-pain... et leur fierté artisanale ! La nuit venue, ils auraient retiré les nouvelles plaques et re-pavé l’intersection eux-mêmes, à la lueur des lampes à pétrole, jurant de défendre « la noblesse du pavé » face à cette innovation trop molle à leur goût.
Le clin d’œil mode Il paraît même que certains dandys parisiens prenaient soin de remercier « leur caillouteur favori » après la pose d’un nouveau trottoir devant leur résidence, pour garantir un sol parfaitement lisse sous leurs bottines vernies...