BURALISTE



À la Belle Époque, le métier de buraliste en France était bien plus qu’un simple commerce de proximité c’était une institution au cœur de la vie sociale et fiscale du pays.
Le tabac est introduit en France en 1561 par Jean Nicot, ambassadeur au Portugal, pour ses vertus médicinales.
Dès le XVIIe siècle, l’État comprend le potentiel fiscal du tabac : Colbert instaure un monopole royal en 1674 sur sa fabrication et sa vente.
Le premier débit de tabac connu, La Civette, apparaît en 1716 .
Le monopole sur la vente du tabac est un pilier du système fiscal français depuis Louis XIV.
Sous Napoléon Ier, le monopole est rétabli en 1810 avec la création de la Régie d’État.
Les buralistes deviennent des agents de l’administration, désignés par l’État pour vendre les produits du monopole.
Le rôle social du buraliste
À la Belle Époque, les buralistes sont souvent des veuves ou orphelins de fonctionnaires ou militaires, choisis pour leur moralité et leur loyauté .
Ils vendent non seulement du tabac, mais aussi des timbres fiscaux, renforçant leur rôle d’auxiliaires du fisc.
Le métier est rémunérateur et réglementé, avec des obligations strictes sur les prix et les horaires.
La carotte rouge, symbole officiel des bureaux de tabac, devient obligatoire en 1906 .
Elle évoque les anciennes carottes de tabac à mâcher, vendues en rouleaux ficelés au XVIIe siècle.
Les buralistes signent un traité de gérance avec l’administration, valable neuf ans.
Ils doivent suivre une formation, passer une enquête de moralité, et respecter des règles strictes sur la vente aux mineurs et les prix.

Dans le Paris du tournant du siècle, les buralistes ne se contentaient pas de vendre cigarettes et cigares. L’un d’eux, surnommé “L’Épicier Fumé” dans le quartier de Montmartre, s’était fait une réputation délicieusement douteuse. Officiellement, sa boutique proposait des tabacs importés, mais officieusement, il organisait des soirées clandestines où se mêlaient artistes, écrivains et… contrebandiers.
Ce marchand profitait de la complexité des taxes et monopoles sur le tabac pour faire passer des cargaisons venues d’Espagne via les caves du cabaret voisin. On raconte qu Toulouse-Lautrec, friand de pipe au goût corsé, aurait payé en croquis pour des mélanges introuvables ailleurs.
Le marchand avait dressé un perroquet qui hurlait « Douane ! » chaque fois qu’un agent passait devant la boutique… assez pour provoquer quelques sueurs froides et éclats de rire.
Il aurait aussi eu un petit carnet où il notait les préférences tabagiques de ses clients célèbres, allant de l’aristocratie aux chanteuses de cabaret.