BOUILLEUR DE CRU




Le bouilleur de cru à la Belle Époque : entre tradition et contestation
À la Belle Époque, le bouilleur de cru incarnait une figure emblématique des campagnes françaises, notamment en Normandie, où la distillation du cidre en calvados était une pratique courante et profondément enracinée dans la culture rurale .
Le bouilleur de cru était un récoltant de fruits (pommes, poires, cerises…) qui avait le droit de faire distiller sa propre récolte pour une consommation personnelle.
Ne possédant pas toujours d’alambic, il faisait appel à un bouilleur ambulant, qui se déplaçait de ferme en ferme avec son matérie l.
Le processus de distillation transformait le cidre en eau-de-vie, notamment le fameux calvados, grâce à un alambic chauffé où les vapeurs d’alcool étaient recueillies et refroidies .
Le privilège de bouilleur de cru remonte à Napoléon Ier, qui l’accorda à ses soldats. Il permettait de distiller jusqu’à 10 litres d’alcool pur sans taxe .
Ce privilège fut héréditaire jusqu’en 1960, date à laquelle la fameuse « clause du grand-père » fut instaurée, limitant la transmission aux conjoints survivants.
À la Belle Époque, la législation était encore libérale, et les bouilleurs pouvaient distiller sans déclaration ni taxe tant que l’alcool n’était pas vendu
Contestation et déclin
Le métier connut des mouvements de révolte, notamment en 1935 à Lisieux, contre les restrictions fiscales et réglementaires.
Les bouilleurs de cru formaient un lobby rural puissant, avec des dizaines de milliers de membres dans certaines régions comme la Manche et l’Orne.
L’industrialisation et la lutte contre l’alcoolisme ont progressivement marginalisé cette pratique, la production artisanale ne pouvant rivaliser avec les grandes distilleries .
Le bouilleur de cru reste un symbole de la France rurale, de l’autonomie paysanne et du savoir-faire traditionnel.
Aujourd’hui, il ne subsiste que quelques centaines de bouilleurs de cru en activité, souvent âgés, bénéficiant encore du privilège.

Un bouilleur de cru du Limousin, surnommé « Tonton Alambic », était réputé pour produire une eau-de-vie si fine qu’elle aurait fait pleurer un pruneau sec. Durant l’hiver 1904, alors que les contrôles fiscaux s’intensifiaient, Tonton Alambic décida de cacher son alambic dans le clocher de l’église du village là où personne n’aurait l’audace de chercher. Avec la complicité du curé (amateur de petite goutte, paraît-il), les distillations avaient lieu tard la nuit, sous les cloches, entre les messes et les confessions. L’arôme alcoolisé s’élevait dans les airs comme une prière parfumée.
Mais un jour, le percepteur dont le nez valait bien celui d’un chien truffier repéra l’odeur en entrant dans le village. Une enquête fut menée. Tonton, rusé comme un renard, affirma que c’était l’encens spécial de la messe des récoltes, un mélange sacré “à base d’angélique et de mystère”. La supercherie passa... jusqu’à ce qu’un moine de passage goûte accidentellement le nectar, s’extasie, et en parle dans un sermon. Trop tard. L’administration débarqua..