BOTTIER



Le métier de bottier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple artisanat : c’était un symbole de raffinement, de savoir-faire et d’élégance dans une société en pleine effervescence culturelle et industrielle.
Le métier de bottier remonte au Moyen Âge, avec des artisans spécialisés dans la confection de bottes pour les chevaliers.
À partir du XVIIIe siècle, les premières maisons de bottiers apparaissent en France, marquant le début d’une tradition artisanale prestigieuse.
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le bottier devient un acteur incontournable du luxe parisien, au même titre que les couturiers et les joailliers.
Cette période est marquée par une explosion artistique et culturelle : Art nouveau, opéra, salons littéraires… et une attention accrue à l’apparence.
Les bottiers créent des chaussures sur mesure pour une clientèle exigeante : aristocrates, artistes, hommes d’affaires.
Les matériaux utilisés sont d’une qualité exceptionnelle : cuirs fins, peaux exotiques, broderies, parfois même pierres précieuses.
Techniques et savoir-faire
Le bottier travaille à partir de formes en bois sculptées selon le pied du client.
Chaque paire nécessite des dizaines d’heures de travail, entre coupe, couture, montage et finitions.
Le métier exige une maîtrise parfaite de l’anatomie du pied, de la mode et des tendances.
Les bottiers jouissent d’un prestige certain, parfois anoblis par leur clientèle ou décorés pour leur contribution à l’artisanat français.
Certains deviennent célèbres, comme Lestage, bottier de Louis XIV, qui offrit une paire de bottes sans couture apparente .
Le savoir-faire se transmet par compagnonnage, notamment au sein des Compagnons du Devoir, avec des rites initiatiques et des chefs-d’œuvre à réaliser.
Le métier est célébré chaque 25 octobre lors de la fête de Saint Crépin, patron des cordonniers et bottiers.

À Paris, vers 1902, un bottier réputé nommé Léon Charvet avait sa petite boutique rue Saint-Honoré. Ses créations étaient si raffinées qu’il chaussait la haute société : comtesses, barons, danseuses de l’Opéra… et même quelques « messieurs » aux mœurs secrètes.
Un jour, le comte Armand de Rotschild commande une paire de bottines sur mesure en cuir d’autruche, doublées de satin noir, destinées prétendait-il à une mystérieuse amante. Mais voilà que quelques semaines plus tard, la même paire de bottines se retrouve exhibée dans un scandale mondain : le comte les portait lui-même, lors d’un bal costumé ultraprivé... vêtu en marquise du XVIIIe siècle.
Le bruit court dans les salons que Léon Charvet aurait glissé une petite note piquante dans la doublure « Pour vos pas secrets, que le cuir soit discret. » Une pique subtile, mais cinglante.
Le bottier n’a jamais nié, ni confirmé. Mais sa réputation en fut consolidée : il devint le chausseur favori des excentriques élégants. À croire que l’audace, comme le cuir, se travaille à la main.