BAGAGISTE




Le bagagiste à la Belle Époque : un métier discret mais essentiel
À la Belle Époque (environ 1890–1914), les gares françaises étaient de véritables temples du progrès et du mouvement. Le bagagiste, souvent méconnu dans les récits historiques, jouait pourtant un rôle fondamental dans cette effervescence ferroviaire.
Les gares étaient des lieux de prestige, notamment à Paris (Gare du Nord, Gare de Lyon), avec des halls majestueux et une fréquentation en constante hausse.
Le train devenait le moyen de transport privilégié pour les bourgeois, les artistes, les commerçants et même les touristes étrangers.
Il accueillait les voyageurs à leur arrivée, souvent en uniforme, et portait leurs valises, malles et coffres jusqu’aux quais ou aux fiacres.
Certains travaillaient pour la compagnie ferroviaire, d’autres étaient indépendants, parfois affiliés à des hôtels ou des services de luxe.
Le bagagiste devait être rapide, discret et physiquement robuste. Il connaissait les horaires, les correspondances et les usages de la clientèle.Un métier entre service et spectacle
Dans les grandes gares, le ballet des bagagistes était presque chorégraphié : ils circulaient entre les porteurs de journaux, les vendeurs de billets et les contrôleurs.
Pour les voyageurs fortunés, le bagagiste incarnait le confort moderne : ne pas porter ses bagages était un signe de statut social.
On retrouve des bagagistes dans les romans de l’époque, comme ceux de Jules Verne ou dans les illustrations de journaux satiriques.
Des photographies d’époque montrent des files de bagagistes attendant les trains de luxe comme le Train Bleu, qui reliait Paris à la Côte d’Azur.
Ce métier, aujourd’hui disparu sous cette forme, était un rouage discret mais indispensable du monde ferroviaire de la Belle Époque.

En 1903, à la Gare de Lyon, un jeune bagagiste prénommé Lucien était réputé pour son efficacité et son sens de la discrétion. Chaque matin, il assistait une foule de voyageurs aux valises plus volumineuses les unes que les autres, mais un client en particulier attira son attention : un gentleman anglais au monocle impeccable, qui débarquait toujours avec une malle verrouillée par trois cadenas et une expression nerveuse.
Intrigué, Lucien se mit à observer de plus près. Un jour, alors que le train était retardé, l’homme partit précipitamment aux toilettes en laissant sa malle sans surveillance. Lucien, curieux mais prudent, remarqua qu’elle vibrait légèrement... comme si quelque chose dedans bougeait. Le bagagiste alerta discrètement le chef de quai, pensant à un animal illégal ou une invention bizarre. Ensemble, ils ouvrirent la malle avec précaution… pour y découvrir une machine à écrire trafiquée qui servait à encoder des lettres secrètes le client était un espion !
Plutôt que de le dénoncer, Lucien fit un marché avec lui : en échange de son silence, il exigea chaque mois un mot croisé personnalisé avec les indices codés. Ces énigmes devinrent si populaires parmi les employés de la gare qu’un journal local finit par les publier… sans jamais savoir qu’elles venaient d’un espion et d’un bagagiste rusé.